Afin de faire taire les rumeurs et de présenter, sereinement, la situation de la coopérative laitière d’Aboncourt, le président Guy Mercier épaulé du directeur Norbert Mougey et de quelques administrateurs avaient convié de nombreux responsables à visiter le site pour ensuite assister à une présentation de l’audit qui vient d’être réalisé. C’est donc devant le Préfet, le Draf : Mr Najolet, le représentant du Conseil Régional : Joseph Parrenin, le député Michel Raison, les conseillers Généraux : Henri Blanchot et Joëlle Laure-Libersa ainsi que des représentants des chambres consulaires mais aussi de la profession agricole dont Thierry Chalmin et Emmanuel Aebischer que les responsables de la coop. d’Aboncourt ont apporté un éclairage sur leur situation.
Messieurs Godinot et Thiébaut du cabinet d’audit ont synthétisé l’historique financier de la société et tracé les perspectives d’avenir après avoir analysé les forces et faiblesses de l’entreprise.
Alors oui, la coop a connu deux événements douloureux, qu’elle a dû digérer et qui lui ont mis en 2003 et 2004 du plomb dans l’aile. 2003, c’était l’effondrement des cours du marché des pâtes pressées cuites (emmental). Attendant des jours meilleurs, la fromagerie a stocké et fini par brader son stock coût de l’opération une perte de 700.000 Euros. En 2004, son association avec deux autres partenaires a abouti à un échec. Elle avait pour but de donner la possibilité à la fromagerie de découper et de conditionner elle-même ses pâtes pressées cuites pour ensuite les commercialiser. “L’idée était bonne puisqu’elle permettait à la coopérative de valoriser ses emmentals directement. Le choix des partenaires ne s’est pas révélé judicieux, l’un a jeté l’éponge rapidement, l’autre s’est retrouvé en difficulté financière” a expliqué Mr Godinot. Ces deux évènements ont donc plombé les finances de l’entreprise qui, néanmoins, s’est donné les moyens de faire face d’une part en augmentant son capital et d’autre part en limitant les trous de sa trésorerie lorsqu’elle a différé les payes de lait. “Une des forces de cette entreprise réside dans ses 120 adhérents : son actionnariat, qui a accepté de faire les efforts nécessaires au moment où la banque doutait des compétences et capacité de l’entreprise” précise l’auditeur.
Alors aujourd’hui qu’en est-il du devenir de l’entreprise ?
Pour les experts financiers, il n’y a pas péril en la demeure et leur étude abouti aux mêmes résultats chiffrés que l’expert comptable. La fromagerie dispose d’un outil en état, fonctionnel, adaptable ce qui lui confère une réactivité certaine. “Nous avons toujours continué d’investir régulièrement pour maintenir l’outil et répondre aux exigences de nos clients au nombre de 150” a souligné Guy Mercier. Et d’ajouter “nous avons toujours payé le lait sur la base du prix du CIL 70. L’achat de la matière première représente 70% de nos charges. Avec les 30% restants il nous faut fabriquer, rémunérer les 55 personnes qui travaillent dans les ateliers et à l’administration, emballer, stocker et envoyer les fromages”.
En effet, la force de la coop se situe au niveau de sa fabrique de pâte molle, dont 64% sont commercialisés à l’export. Les pâtes molles représentes 72% de la fabrication le reste est transformé en pâte pressée cuite. Le brie représente 80% des pâtes molles et fait de la coop d’Aboncourt le 5ème fabricant national mais un tout petit, comparé aux deux très grands.
Rentabilité en hausse, endettement cohérent.
Le chiffre d’affaires est en constante hausse et 40% sont donc réalisés à l’export : un chiffre exceptionnel lorsqu’on sait que sur ce type d’entreprise la moyenne nationale est de 15%. C’est aussi une des particularités de cette entreprise qui n’a pas une puissance de feu suffisante pour jouer uniquement dans la cour de la Grande distribution.
Autre critère étudié : la rentabilité, un ratio en hausse de 15% chaque année. Quant à la productivité, elle gagne aussi des points : avec la même masse salariale, la coop. a augmenté de 25% son activité.
Quant à l’endettement il reste compatible avec la rentabilité de l’entreprise et avec ses fonds propres. Toutefois, suite à l’expérience vécue en 2004, les dirigeants entendent se donner comme priorité l’amélioration de la trésorerie afin de devenir autonome et de garder toute crédibilité vis-à-vis de ses partenaires dont les banquiers devenus frileux et avec lesquels le dialogue devenait de plus en plus difficile.
L’audit révèle que l’entreprise doit poursuivre ses investissements, notamment au niveau des postes d’emballage où il y a encore des points de rentabilité à gagner facilement. Avec cet investissement, une économie de 150.000 euros peut être rapidement réalisée. Et les résultats de l’audit devraient sécuriser le banquier qui sera sollicité à l’heure de la réalisation de l’investissement.
Investir au niveau du poste d’emballage
Quant aux pistes d’avenir, elles restent à creuser dans celles déjà engagées : en développant l’export, en démultipliant la force commerciale, en développant de nouvelles fabrications “nutrition santé”, en élaborant des partenariats solides avec d’autres PME de l’agro-alimentaire.
Il n’en reste pas moins que, pour avancer, les dirigeants comptent sur plus de velléité de la part de l’Administration et des banques, l’objectif étant de toujours être rapidement réactif face à la demande du marché : une des forces de la coop qui aujourd’hui, a une longueur d’avance en respectant toutes les normes qui lui sont imposées. Et si elle ne propose pas de cancoillotte sur son plateau de fromage, elle la fabrique pour d’autres et continuera vraisemblablement ainsi, privilégiant la production de pâte molle.
Reste que lors de cette présentation, il s’est dégagé une énergie certaine de la part des dirigeants qui, à travers cet audit commandé par les banques, peuvent mettre les pendules à l’heure, et démontré leur capacité à mener la barque. Pour Mr Parrenin “il serait dommage qu’une telle entreprise disparaisse du paysage haut-saônois”. Pour Michel Raison la confiance, l’engagement des coopérateurs conjugués à des signes positifs en matière de résultats sont essentiels pour reconquérir la confiance des banquiers qui devraient, après cet audit, être plus rapides dans leur prise de décision.
Alors si la situation n’a rien d’euphorique, les dirigeants souhaitent défendre leur particularisme et continuer de faire déguster des fromages haut-saônois en Allemagne, en Suède mais aussi aux Etats Unis et au Canada.