C’est dans une ambiance morose que s’est déroulé le congrès de l’Association des producteurs de blé et autres céréales (AGPB), les 8 et 9 juin à Lille. Les prix de marché du blé n’ont jamais été à un niveau aussi bas, les silos sont pleins, alors que la prochaine moisson approche et qu’elle s’annonce dans de bonnes conditions. Principale cible des céréaliers : la Commission de Bruxelles qui préfère accumuler les stocks – ils atteignent 2,5 millions de tonnes à l’intervention uniquement en France - plutôt que d’exporter en accordant des restitutions qui permettraient de dégager le marché et de soutenir les prix. Le président de l'AGPB, Philippe Pinta n’a cessé de dénoncer "la gestion calamiteuse" de la Commission de Bruxelles et l’attitude de la commissaire de l’Agriculture, Mariann Fischer Böel qui reste inflexible aux revendications des producteurs de céréales. Alors que l’octroi de restitutions à l’exportation ne ferait que compenser la surévaluation de l’euro par rapport au dollar.
Le message a été bien reçu par Dominique Bussereau, le ministre de l’Agriculture. Il a reconnu que les revendications des céréaliers "étaient justes et légitimes" et qu’il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour que la Commission fasse "preuve de plus de dynamisme en matière de restitutions". Il n’en reste pas moins que les producteurs de céréales restent très inquiets.
Le financement en question
Ils le sont d’autant plus que l’avenir du financement de l’Europe est incertain. Le volet financier de l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie n’a pas été programmé et le niveau des aides pourrait baisser de 15% plus 5% lié à la modulation. Soit 20% en tout si aucune décision d’augmentation du budget communautaire n’est prise pour y faire face Or, aujourd’hui, un certain nombre de pays dont la France se refusent à accorder des moyens supplémentaires. Ils plaident pour que ses ressources soit plafonnées à 1% du PIB pour la prochaine période de programmation financière 2007-2013, actuellement en discussion à Bruxelles. Et il faut reconnaître que Dominique Bussereau n’a pas rassuré les céréaliers sur ce point. La France restera ferme là-dessus.
En revanche il a été beaucoup plus convaincant sur les dossiers dont il a la charge : la loi d’orientation agricole et notamment son volet simplification. "La loi visera à nettoyer tout ce qui est superfétatoire dans notre réglementation, c’est l’un des objectifs de cette loi". a-t-il précisé. Reconnaissant même qu’il arrivait souvent que l’administration française en rajoute par rapport à Bruxelles. Il est vrai que Philippe Pinta avait été offensif sur ce thème, implorant le ministre de "simplifier, simplifier, simplifier et simplifier encore". Tout en lui demandant aussi d’aller plus loin dans sa loi en favorisant la création de sociétés, en développant les formules de déduction pour aléas au travers d’une Caisse pour aléas et en mettant l’accent sur la réduction des charges. "Que, la taxe sur le foncier non bâti disparaisse, à condition qu’elle ne soit pas remplacée" a insisté le président de l’AGPB.
Le lobby pétrolier
De son côté, le ministre de l’Agriculture a promis qu’il s’attachait à ce que les contrôles Pac soient réalisés avec plus de discernement et de pédagogie n’excluant pas que des ajustements puissent être réalisés l’an prochain. Mais il n’a pas répondu à la demande de Philippe Pinta d’accorder quelques points de franchise sur les anomalies mineures. Quant aux modalités d’attribution des DPU qui font couler beaucoup d’encre, Dominique Bussereau a annoncé les grandes lignes du dispositif, qui seront arrêtées lors de la prochaine réunion du Conseil supérieur d’orientation, prévue le 23 juin prochain. L’objectif étant qu’il y ait le moins possible de DPU "dormants".
Mais il est un dossier sur lequel, le ministre n’a pas répondu. Pourtant il s’agit d’un sujet qui tient particulièrement à cœur des céréaliers, les biocarburants. Si les pétroliers ont fini par accepter l’éthanol pour fabriquer de l’ETBE qu’on ajoute à l’essence, ils restent toujours farouchement opposés à son incorporation en direct dans l’essence. Alors que ce choix serait le seul moyen d’offrir des perspectives solides et durables aux céréaliers.
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