Le Muséum national d’Histoire naturelle vient de présenter un rapport faisant état de la très mauvaise qualité des masses d’eau souterraines et superficielles, alors que seuls sont pris en considération les nitrates et les pesticides. Mais d’autres polluants, dangereux pour toutes les espèces vivantes, existent. Si elle continue de les négliger, la France n’atteindra pas, en 2015, le bon état écologique de ses bassins imposé par Bruxelles.
La directive cadre européenne sur l’eau impose aux Etats membres de parvenir, en 2015, "au bon état écologique et chimique" des masses d’eau de surface et "au bon état qualitatif et quantitatif" des masses souterraines. Or, selon le rapport du professeur Jean-Claude Lefeuvre du Muséum national d’Histoire naturelle, présenté le 6 juin, aujourd’hui, 50% à 75% des masses d’eau superficielles et souterraines sont fortement dégradées. "Dans l’hypothèse la plus optimiste, à peine la moitié des masses d’eau pourront atteindre le bon état écologique en 2015 ; seulement un quart dans l’hypothèse la plus pessimiste", indique le rapporteur. Cette dernière hypothèse tient compte des 23% des masses classées en "doute". 25% sont dans la catégorie "à risque" et 27% ont tellement été modifiées qu’elles ne pourront "jamais atteindre l’objectif de bon état écologique". Reste 2% à faire l’objet d’un bon état probable en 2015 !
Antibiotiques
Le rapport a été effectué après une enquête d’un an auprès de cinq Agences de l’eau françaises qui recensent essentiellement les micropolluants les plus connus, à savoir les nitrates et les pesticides, mais qui ne tiennent pas compte des "polluants d’origine microbiologique" ou "émergents". Ces derniers sont des substances nouvellement commercialisées dont on ne connaît pas le degré de nocivité ou des produits anciens dont la dangerosité a été sous-estimée. Parmi eux, on recense des produits de dégradation des pesticides, des molécules de substitution de pesticides, des retardateurs de flamme bromés (utilisés dans les équipements électriques et électroniques, les plastics, les tissus…), des dioxines ou encore des substances pharmaceutiques, comme les antibiotiques que l’on retrouve dans les eaux usées par le biais des urines et des effluents hospitaliers et agricoles. Leur présence est d’autant plus dangereuse qu’elle favorise le développement de la résistance bactérienne dans l’eau.
"Chance historique"
Selon le professeur Lefeuvre, les effets de tous ces polluants sont catastrophiques pour l’ensemble des espèces vivantes. Chez l’homme, ils peuvent entraîner des troubles hormonaux, de la croissance, de la reproduction, des cancers, des effets neurotoxiques, des allergies… Le scientifique préconise alors "la nécessité absolue de développer les connaissances sur les micropolluants et d’en assurer un suivi rigoureux". Dans ces conditions, l’entrée en vigueur de la directive européenne est une "chance historique" de stopper la dégradation galopante des eaux et de restaurer leur qualité écologique.
L’eau potable, une denrée rare
Les Agences de l’eau affichent toutes un bilan inquiétant pour leurs masses d’eau souterraines, utilisées entre autres pour l’alimentation en eau potable. Ainsi, le bassin Artois-Picardie les classe dans la catégorie "à risques", le bassin Seine-Normandie considère que 82% sont “à risque”, Rhin-Meuse : 69%, et Loire-Bretagne : 51%. Seul le bassin Rhône-Méditerranée Corse, dont nous faisons partie, considère que plus de la moitié de ses masses d’eau (58%) sont dans un "bon état probable".
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