• Vous avez appelé, avec d’autres leaders des organisations agricoles majoritaires, à voter pour le oui au référendum du 29 mai. Plus des deux tiers des paysans ont voté non, en cohérence avec le positionnement des syndicats minoritaires. Comment expliquez-vous ce décalage ? Cela ne montre-t-il pas un déphasage entre votre syndicat et la sensibilité agricole. Ne risque t-il pas de se manifester à l’occasion des élections aux chambres d’agriculture en 2007 ?
«Je ne regrette pas d’avoir voté oui car c’était un choix d’avenir basé sur l’expérience de ce qu’est l’Europe pour le monde agricole. Les Français ont voté non, les agriculteurs aussi. Je ne discuterai pas sur les proportions car elles varient considérablement en fonction des instituts de sondages. L’important est d’en tirer les conséquences, chacun à notre niveau. L’engagement des dirigeants de la FNSEA était courageux car il est trop facile d’être contre tout et de profiter des malheurs des campagnes. L’esprit de responsabilité doit ressoufler dans le monde agricole, la démagogie et l’ultra-contestation ne forment ni un projet, ni un chemin nouveau qui permettrait de résoudre les problèmes qui se posent. Quant au « déphasage » que vous évoquez, je ne le sens guère quand la FNSEA obtient le pâturage des jachères, quand elle se bat pour une loi sur l’eau équilibrée ou quand elle fait pression sur les Pouvoirs publics pour que les troupeaux de montagne soient protégés du loup ou bien encore quand elle obtient l’allégement du coût de l’énergie… Les agriculteurs-électeurs savent quel est le travail quotidien de la FNSEA pour eux ; au moment de choisir leurs représentants, ils choisiront la responsabilité et l’action».
• Le rejet du projet de constitution européenne par la France, première puissance agricole au sein de l’UE ne risque-t-il pas de fragiliser voire de faire imploser la Pac déjà malmenée par des questions budgétaires ? Comment envisagez-vous le prochain rendez-vous de l’OMC à Hong-Kong en décembre 2005 avec une France qui s’est marginalisée au sein de l’Europe ?
«Le non fragilise bien sûr la Pac car c’est un boulevard qui s’ouvre pour tous les pays qui souhaitaient réduire la voilure du budget agricole. Le non isole la France et il faudra beaucoup d’énergie et de volonté politique au ministre de l’Agriculture pour tenir bon sur les questions budgétaires. La France, pays fondateur, doit tout faire pour que l’ultra-libéralisme (en matière agricole) des pays du nord de l’Europe ne devienne pas la règle. Une phrase, une seule, pour résumer le côté vital de l’agriculture : « la France est belle parce qu’elle est cultivée », derrière cela il y a l’emploi, les paysages, les terroirs. Quant à l’OMC, ce serait mentir que de dire aux paysans que nous ne sommes pas fragilisés par rapport à l’échéance de Hong-Kong ! A nous de trouver de nouveaux liens avec d’autres pays pour montrer que la Pac est un bon modèle, un modèle déclinable dans d’autres régions du monde, un modèle qui doit préserver et protéger, nourrir les hommes et donner un revenu aux paysans. Voilà l’enjeu».
• Le Gouvernement de Jacques Chirac qui n’a pas ménagé ses efforts pour tenter de faire pencher le vote des agriculteurs en faveur du traité ne risque-t-il pas d’être moins « à l’écoute » des paysans suite à ce vote ? Dans ce nouveau contexte qu’attendez-vous des politiques, de Dominique Bussereau ou de son successeur ?
«Il ne faut pas être «à l’écoute» des paysans, il faut les entendre ! Les politiques ont trop joué avec le monde paysan, les flattant dans leurs fermes et les oubliant à Paris. La politique, c’est dire la vérité et proposer des solutions qui dépassent le court terme. La gestion de crises ne doit pas rester à l’état de projet. Le ministre de l’Agriculture doit faire en sorte que la loi d’orientation agricole ne soit pas une énième loi mais une loi fondatrice, une loi d’avenir. Cette chance qu’il a de peser sur les 20 ans qui viennent en matière agricole est une lourde responsabilité. La FNSEA contribuera à cette chance avec ses propositions et en sera la garante par sa vigilance. Redonner de l’espoir, ce n’est plus une demande, c’est une nécessité».
Propos recueillis par S.B.
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