Imaginez pénétrer dans l’amphithéâtre du lycée agricole, dans une ambiance tamisée et au rythme d’un madison endiablé. Non vous n’êtes pas dans une boîte de nuit vésulienne, mais dans un établissement d’enseignement à la réputation certaine qui accueille l’assemblée générale des jeunes agriculteurs de Haute-Saône.
Ca y est vous êtes assis sur un strapontin, non vous n’êtes pas face à votre petit écran bien que vous entendiez le générique du journal télévisé. L’homme tronc, ce jour-là, ce n’est pas PPDA mais Sylvain Adam, qui dans son costume cravate, retrace l’activité du syndicat illustré de reportages projetés sur grand écran. Imaginez toujours : le journal “JA” se termine et la soirée se poursuit par une comédie à laquelle est convié le Bigard agricole : Christophe Rergue qui seul sur scène, vous fait sourire en caricaturant la venue d’un touriste à la campagne, celui la même qui a vu la ferme célébrité.
Vous êtes bien à l’assemblée générale des JA 70. Vous l’aurez compris, l’humour aura été le vecteur choisi par la dynamique équipe des JA70 pour retracer l’année syndicale mais aussi pour évoquer la place de l’agriculteur dans la société : thème de l’AG.
Pour développer ce thème, les JA avaient convié Gérard Bonnafont, sociologue, qui a dépeint l’évolution de la perception qu’a la société de ses agriculteurs. Son intervention, brève mais intense, a tantôt fait sourire ou tantôt provoqué des silences perceptibles dans la salle. Réactions qui montraient la véracité de ses propos.
Pour lui, l’agriculteur se situe “entre mythe et réalité”. Le mythe, c’est l’image de l’agriculteur des années 50. “À cette époque, les travaux agricoles font partie du paysage quotidien de la majorité des Français dont presque tous côtoient un parent vivant à la campagne. Années 80, les agriculteurs sont moins nombreux. Pour la société, la campagne c’est pour le week-end. Mais là on rencontre des agriculteurs qui salissent, manifestent, mettent des clôtures, se plaignent, vendent trop cher leur terrain alors qu’ils respirent le bon air !”
1990, c’est l’exode des néoruraux. “Les fils d’urbains qui opèrent un retour à la campagne. Ils côtoient des agriculteurs dont on ne sait plus s’ils sont chefs d’entreprise, ingénieurs agronomes, aubergistes, hôteliers, vendeurs de fromages, fruits ou légumes ou guides pédagogiques. Les urbains avident d’une nature pure et régénératrice suspectent alors les agriculteurs d’être empoisonneurs”. C’est aussi le temps du veau aux hormones puis, plus tard, de la vache folle !
Années 2000, les agriculteurs ne représentent plus que 3,6% de la population. Ils constituent un groupe professionnel hétérogène dont les revenus varient selon la taille, le type d’exploitation ou des productions. “Qui a t-il de commun entre le producteur de lait du Morvan, le producteur d’oignons de Champagne, le viticulteur du Bordelais ou bien encore le polyculteur d’une vallée alpine ? Quelle image la société retient de son agriculture ou plutôt de ses agricultures ?”
Une société exigente
Là, les commentaires prouvent que l’avis et l’attente de la société sont paradoxales. L’image dégagée est loin d’être positive. Voici quelques morceaux choisis de ce que pensent nos concitoyens de l’agriculteur. Ainsi, il est dit que l’agriculteur est “habillé d’un pantalon de velours et d’une chemise à carreaux toute sa vie ! Les agriculteurs ne prennent pas de vacances ! L’agriculteur est un vieux garçon qui vit le plus souvent seul avec sa mère. L’agriculteur pollue la nature. Pour être agriculteur il suffit de savoir s’occuper des bêtes et conduire des machines. Il y a les bons et les mauvais agriculteurs : ceux qui font du bio et ceux qui n’en font pas. L’agriculteur doit produire du bon produit toute l’année, même quand ce n’est pas la saison. L’agriculteur fait payer ses produits trop chers, il est contre le progrès”.
La perception de l’agriculteur par la société
De toute évidence, l’agriculteur apparaît sous deux facettes. L’une souvent reprise dans les pubs qui montre un paysan authentique, avec effectivement le pantalon de velours, le béret ficelé sur la tête. L’autre, celui d’un pollueur, coupable d’utiliser des produits dangereux pour satisfaire les exigences d’une production intensive. Cette image-là est souvent montrée par les médias avides de sujets démagogiques.
Pour Gérard Bonnafont cette méconnaissance de l’agriculture provient de plusieurs facteurs. Premièrement, il n’y a pas une agriculture, mais plusieurs types d’agricultures, complémentaires les unes des autres. “Le métier est aujourd’hui complexe et fait appel à des connaissances technologiques, à des outils spécifiques dont l’utilisation paraît banale pour le consommateur. S’ajoute à cela le jargon agricole fait de multiples sigles incompréhensibles pour ceux qui ne sont pas du sérail”. De quoi être encore un peu plus en marge de la société. Enfin, en terme de communication, la profession communique peu ou mal. “Quand on méconnaît une profession complexe qui ne communique pas de façon claire, on devient suspicieux, alimentant la méfiance. Comment dans une société du succès et de l’argent facile, comment l’agriculture peut-elle paraître attrayante ?” L’agriculture aujourd’hui plurielle a évolué plus vite que la société ne met de temps pour la définir. “C’est donc sur le plan de la communication que doivent porter les efforts de la profession agricole. Une communication grand public, qui puisse présenter les efforts de la profession agricole. Une communication qui doit battre en brèche la seule image de l’agriculteur-paysan au profit de l’agriculteur technicien, qui doit inscrire la profession d’agriculteur dans le registre des professions écologiques” conseille Gérard Bonnafont.
“Dire et ne plus laisser dire ou faire dire” tel doit être le leitmotiv de la profession agricole.
À ces propos, Philippe Meurs, secrétaire général JA National a réagi, rappelant que depuis deux ans il est question de la mise en place d’un fond de communication qui permette de parler du métier à une échelle nationale et ainsi de recadrer l’image de l’agriculteur dans l’esprit des Français. Or, compte tenu d’une agriculture plurielle, trouver une signature, un slogan commun à toutes les OPA en sortant de l’image bucolique reste difficile mais o combien nécessaire. Toutefois ce projet devrait déboucher.
Les JA restent toutefois optimistes. Dans le rapport d’orientation, Laurent Isabey constate que “malgré tous les préjugés, les populations rurales restent dynamiques et largement aussi évolués que celles des villes. Les agriculteurs sont de vrais professionnels exerçant un métier aux multiples facettes”. Communiquer autrement est l’objectif des JA.
Installation
Aujourd’hui, l’installation ne peut passer que par la transmission. Aussi, les JA suggèrent que les cédants soit encourager à laisser une place à un jeune par le biais de mesures fiscales et sociales.
Loi d’orientation agricole
Les Ja fondent beaucoup d’ambition sur la loi future et espèrent qu’elle donnera naissance à certains outils juridiques qui permettront de pérenniser les interprofessions, entre autres.
PAC et DPU
Pour Gérôme Broutchoux, la réforme de la PAC va conduire à une augmentation de la valeur de la reprise du fait d’une spéculation des droits. Sur ce dossier la position des JA est claire et nette : faire suivre les droits à paiement avec les terres transférées du 1er janvier 2003 au 31 décembre 2005.
Revenus
L’installation ne peut être envisagée que si le métier permet de dégager un revenu. Celui-ci n’est possible qu’avec des prix des produits rémunérateurs. Pour cela Philippe Meurs a encouragé les jeunes à intégrer les conseils d’administration des organisations de commercialisation, coop, interprofession pour être au cœur des prises de décision.
Prêts bonifiés
Bruxelles remet en cause les prêts bonifiés destinés aux JA.
Ces derniers ont rappelé combien ils étaient nécessaires pour maintenir une agriculture sur tout le territoire.
CD
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