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Actualité du 28 Janvier 2005

Fertilisation azotée du blé

Le raisonnement est toujours payant

La fertilisation azotée doit satisfaire quatre objectifs principaux : productivité, qualité, respect de l’environnement et surtout rentabilité, avec des économies à la clé.

Raisonner la fertilisation azotée, c’est un cheminement dans le temps. Prenons un exemple. Cela débute après la récolte du blé où l’on cherche à acheter l’azote au moins cher pour la prochaine campagne, et se termine quasiment un an après par une analyse du rendement et du taux de protéines obtenue en fonction de la dose d’azote apportée.
Il y a toujours des enseignements à retenir de l’année écoulée. Comme en 2004 où le rendement réalisé est supérieur de 20 voire 30 qx/ha à celui prévu par la dose d’azote apportée. Le temps ferait-il tout ?

Rien ne sert de prévoir, de raisonner ? Hélas ou heureusement, c’est faux !
Première règle à respecter pour être un adepte de la fertilisation raisonnée : avoir un raisonnement à la parcelle.

Déterminer la dose totale à apporter

La première étape consiste à calculer la dose totale d’azote à apporter pour chacune de ces parcelles de blé. Pour cela, on utilise la méthode du bilan prévisionnel. D’un côté, les besoins de la parcelle, de l’autre, les fournitures du sol. La différence entre les deux correspond à la dose totale d’azote à apporter, appelée aussi dose X, déterminée à partir de 7 valeurs au maximum.
La valeur la plus importante mais aussi la plus délicate à déterminer est l’objectif de rendement. Mais c’est aussi celle où l’agriculteur a toute liberté d’action. Type de sol, de précédent, de variétés, condition d’implantation, date de semis, seront à considérer du mieux que possible.
Au final, l’objectif de rendement devra correspondre à une “moyenne optimiste”. “Moyenne”, c’est-à-dire représentative des rendements observés ces dernières années pour des situations comparables.
“Optimiste” car on augmentera cette moyenne de 5 à 10 quintaux voire plus. L’état de la culture à la sortie de l’hiver pourra modifier en plus ou en moins cet objectif.
Pour arriver à de bonnes prévisions, une analyse est nécessaire : le reliquat sortie hiver. C’est-à-dire quantifier l’azote présent dans le sol et retenir celui disponible et assimilable par le blé avec, au final, parfois moins de 10 unités comme plus de 100 unités/ha. L’effet année est important, mais on constate des écarts importants chaque année. 8 à 197 unités en 2004.
Avec un coût facturé par le laboratoire d’environ 45 euros par parcelle cela correspond à 70-80 unités d’azote et plus si on fait appel à un prestataire de service. Si l’idéal serait de faire un reliquat pour chacune de ses parcelles, en réaliser un, puis faire partie d’un réseau, semble un minimum.
La Chambre d’agriculture de Haute-Saône organise dans le cadre d’Agr’eau une campagne de mesure de reliquats azotés sortis hiver (voir page 9).

Démarrer doucement et pas trop tôt

La deuxième étape consiste à répartir cette dose au fur et à mesure des besoins de la plante, en évitant l’excès comme le déficit. Pour cela, on conseille le fractionnement en trois apports.
Un premier apport pendant le tallage à la sortie de l’hiver. L’objectif est d’assurer une nutrition azotée minimale du blé jusqu’au stade début montaison si le sol ne peut pas le faire. Dans la pratique, on conseille 40 unités par hectare à partir de la mi-février dès que les conditions le permettent.
Mais il peut être réalisé aussi lors des deux premières décades de mars (déclenchement à l’aide de double densité ou non). Conséquence observée dans nos expérimentations : rendement équivalent et taux de protéines légèrement supérieur.
Dans la revue “Perspectives agricoles” du mois de janvier, Nicolas Bousquet d’Arvalis indique que 60 unités/ha constituent la dose maximale à apporter au début du tallage lorsque le sol est totalement dépourvu d’azote.
En s’appuyant sur un reliquat d’azote minéral, la dose d’azote du premier apporté correspond à 60 unités diminuées du reliquat d’azote minéral des deux premiers horizons (0 à 60 cm de profondeur). Il rappelle aussi qu’un excès d’azote à ce stade peut entraîner une baisse de la teneur en protéines et la production d’une végétation trop abondante, source de risques de verse et de maladies, et qu’en aucun cas elle ne peut rattraper un blé clair, puisque les talles secondaires favorisées ne contribuent pas au rendement.
40 unités au lieu de 60 au premier apport et l’inverse au troisième peuvent paraître comme du chipotage mais au final, c’est autant de rendement sinon mieux et plus de protéines.
Un deuxième apport au stade épi 1 cm soit généralement fin mars début avril. Les besoins du blé augmentant fortement, l’essentiel de la dose sera apporté à ce stade. Elle est égale à la dose X moins celle du premier (40 unités) et du troisième apport (40 unités). Soit la dose X- 80. Plus la dose sera élevée, plus elle favorisera la verse. Le risque de lessivage ne doit pas être écarté non plus, notamment en sol superficiel ou pentu. En conséquence, on limitera cette dose à 80 ou 100 unités.
Si vous prévoyez d’utiliser un outil de pilotage, le troisième apport prévisionnel peut être de 60 à 80 unités. Dans ce cas, le deuxième apport correspondra à la dose X-100 à 120. Si les doses X sont différentes entre parcelles, c’est généralement le deuxième apport qui doit les traduire.
Un troisième apport entre le stade dernière feuille pointante et gonflement. À ce stade, l’azote produit un effet sur le rendement dans les situations de sous-alimentation azotée et augmente la teneur en protéines du grain. Classiquement, on réserve 40 unités pour ce dernier apport. Mais en cas de dose totale élevée (>200 unités), on peut réserver 60 à 80 unités ou prévoir deux apports de 40 unités chacun, soit quatre au total. Dans une synthèse de 22 essais d’Arvalis auxquels nous avons participé, il ressort :
• à dose d’azote totale égale, le fractionnement en quatre apports (2 x 40 pour 3 et 4) par rapport à trois apports (40 au dernier) c’est en moyenne + 1,4 ql/ha (1 à 1,7) et + 0,2 point de protéines (0 à 0,3).
• à dose d’azote totale identique, un troisième apport de 80 unités au lieu de 40 unités, c’est un gain de rendement moyen de 1,9 ql/ha et 0,3 point de protéines.
L’utilisation d’un outil de pilotage qui permet de définir dose et date(s) d’apport est l’idéal mais à condition d’avoir bien calculé sa dose X et géré le premier et deuxième apport.
Raisonner la fertilisation azotée de chacune de ses parcelles de blé, c’est essentiellement du temps et une faible dépense (voir page 9). La contrepartie c’est d’être à l’optimum technico-économique quasiment chaque année.
À un moment où la réglementation et les obligations n’ont jamais été aussi pesantes et semblent parfois dénuées de bon sens, il est important de rappeler que certaines sont utiles.


PC. CA39

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