Le 18 janvier, une délégation d’environ 60 producteurs de lait était reçue à Paris, au siège de Sodiaal, par Jean Dorbec, directeur général de l’entreprise. Enjeu des discussions : le sort de la réfaction de 3 euros par millier de litres demandée par Sodiaal à ses producteurs de lait. Un ajustement qui serait prélevé par douzième en 2005 sur la base des litrages livrés en 2004. Une décision jugée très dure par les éleveurs dont les prix de vente sont pourtant déjà en baisse, même si une clause de remboursement était, semble-t-il, prévue.
Après une acceptation par plusieurs conseils d’administration de coopératives de base, les producteurs entendaient leur demander de revenir en arrière et refuser ce prélèvement. Faute de précision sur l’état de santé de Sodiaal, ils estiment que la coopérative veut les mettre à contribution pour pratiquer une “guerre commerciale suicidaire d’illusoires parts de marché”, selon les termes d’un communiqué de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait).
Guerre commerciale sur le lait de consommation
Ces relations se situent bel et bien dans le cadre d’une guerre commerciale sans précédent pour le lait de consommation. Celui-ci correspond à rien moins que 12% de l’ensemble du lait commercialisé en France. Selon plusieurs sources, Sodiaal est un des plus actifs dans cette bagarre. Objectif : redresser une consommation qui a chuté de 5% sur les neufs premiers mois de 2004 et récupérer des parts de marché. Le tout dans un contexte de forte concurrence avec des laits souvent d’origine allemande vendus en maxidiscompte. Du coup, selon plusieurs observateurs, c’est à une vraie “braderie” que se livrent les industriels en cette période de négociation avec les grandes surfaces. Des rabais de 15% sont souvent constatés. Sodiaal n’est pas en reste, pour conserver voire développer sa part de marché. Cependant, chez le groupe coopératif, on élargit le problème à celui du lait “low cost”, c’est-à-dire à faible valeur ajoutée : ce lait, pour des raisons structurelles, représente plus d’un tiers de la production de Sodiaal. Un handicap important à l’heure où plusieurs industriels, délaissant les produits industriels (beurre, poudre, lactosérum) se portent sur des produits a priori plus rentables : l’emmental par exemple, de même que le lait UHT; de quoi rendre difficile le redressement financier du premier groupe coopératif laitier français.
Situation financière tendue pour Sodiaal
Pourtant, si sa situation financière est jugée tendue, par un banquier notamment, Sodiaal, qui ne publie pas encore ses résultats, garde du ressort. Sa filiale Yoplait est devenue bénéficiaire en 2003-2004 (résultat net de 6 millions d’euros sur un CA de 960 millions) ; sa branche fromagère serait également bénéficiaire mais son activité lait liquide, justement, perdrait 18 millions d’euros.
Malgré une restructuration importante (deux usines fermées, suppression d’emplois au siège), les comptes annoncés dans les mois à venir risquent d’être médiocres, surtout si les éleveurs refusent la réfaction demandée de 3 euros/1.000 litres, ce qui est le cas. Pourtant, le groupe se veut aussi un pôle de restructuration : il s’est associé avec Unicopa et Entremont pour regrouper leur activité beurrière ; dans les jours qui viennent, il va annoncer la reprise de l’activité de lait de consommation de la coopérative du Sud-Ouest 3A ; en échange, il lui confie la gestion de plusieurs fromages non compris dans la filiale Riches Monts. Sans remettre en cause ces efforts, les éleveurs préféreraient que Sodiaal trouve ailleurs que sur leur paie de quoi financer cette stratégie. Et que les industriels cessent de se faire la guerre.
D’une manière plus générale, les éleveurs refusent de payer pour ce qui semble apparaître comme une compétitivité insuffisante de l’industrie. Constatant que les prix à la production du lait allemand et ceux du lait français sont assez voisins, les producteurs remarquent que les Allemands sont beaucoup plus compétitifs pour les produits transformés. “À moyen terme, il n’y a pas de solution si on ne restructure pas profondément l’industrie laitière française” affirme Michel Refait, directeur de la FNPL.