En France, 37% des personnes qui travaillent dans le secteur agricole, que ce soit comme chef d’exploitation ou comme salarié, sont des femmes. Une proportion loin d’être marginale. Pourtant, on les voit peu, on les entend peu. Sans doute parce que les hommes n’ont pas encore décidé qu’elles avaient une place à tenir, dans la vie des exploitations comme dans celle des organisations professionnelles. Même si les mentalités, là comme ailleurs, évoluent. Mais cette évolution se fait lentement. Elle réclame des volontés fortes et mobilisatrices. Celles-ci existent dans la région, on en a eu un bon exemple mi-janvier, à Dijon.
Des agricultrices de Bourgogne et de Franche-Comté étaient venues, pour se rencontrer et faire part de leurs actions, sur leurs départements respectifs.
Karen Serres, vice-présidente de la Commission nationale des agricultrices à la FNSEA et agricultrice dans le Lot, avait fait le déplacement. Elle a ainsi pu prendre connaissance des situations respectives des commissions, sur les cinq départements représentés (Côte-d’Or, Haute-Saône, Doubs, Saône-et-Loire et Nièvre).
En Côte-d’Or : Chantal Bos, présidente de la commission départementale, a témoigné de la difficulté rencontrée pour mobiliser des agricultrices, qui, bien souvent, sont déjà impliquées dans des GEDA. "Nous avons des projets de formation sur plusieurs thèmes"précisait-elle "mais nous ne pouvons les mener à terme, par manque de participantes". Claire Schwick, animatrice de cette même commission, insistait sur la volonté de s’investir un peu plus dans le système des Fermes ouvertes. Son fonctionnement pourrait permettre d’attirer plus de femmes qui ne manquent certes pas de volonté, mais se trouvent trop souvent isolées dans leurs exploitations.
Pour la Haute-Saône : Chantal Tonnot a rappelé que la commission comprend une quarantaine de membres qui se rencontrent chaque mois. "Nous menons des opérations de relevé de prix FNPL et FNB, ainsi que le “pack 40 produits”. C’est un gros travail, contraignant". Les agricultrices de Haute-Saône sont aussi très actives sur les Fermes ouvertes.
Une vision plus globale des crises agricoles
La commission organise un voyage par an mais, là encore, la mobilisation n’est pas totale. Pourtant, comme le précise Mme Tonnot "Mon souci premier, c’est de faire sortir les femmes, de faire en sorte qu’elles se rencontrent" et le voyage reste encore l’un des meilleurs moyens d’atteindre ce but.
Dans le Doubs : Andrée Girard ne nie pas les difficultés pour mobiliser mais, avec quatre réunions par an, sa commission se montre malgré tout assez active. Là aussi des opérations de relevé de prix sont menées, même si elles restent difficiles à mettre en place. 1.500 enfants passent chaque année dans les fermes ouvertes du département. Côté voyages, Mme Girard reconnaît leur utilité sociale en constatant qu’ils permettent de partager les problèmes. "Ce que je voudrais" ajoutait-elle "c’est amener plus de femmes à des responsabilités départementales, au niveau de la FDSEA notamment. Ca reste difficile car les hommes ne pensent pas forcément aux places des femmes".
En Saône-et-Loire : Annie Pallot, qui est aussi administratrice de la CNA Bourgogne, a décrit une commission très active. Sur le dispositif des Fermes ouvertes, 3 200 enfants ont été accueillis en 2004, sur 135 exploitations. De plus, depuis 2001, la commission intervient auprès des classes de 6ème, dans le cadre de la Semaine du goût. Elle est une des partenaires officiels de cette manifestation. "Nous menons aussi des opérations de relevés de prix et pour cela, chaque agricultrice s’entoure d’une petite équipe. Nous faisons aussi intervenir la MSA sur des sujets divers. Nous cherchons à mettre en place des comités d’alerte pour détecter les agriculteurs en grandes difficultés sociales. Face à une crise, si les hommes voient surtout la question des revenus, nous avons en général une perception plus globale du problème et nous prenons en compte l’aspect social des choses". À noter que la commission de Saône-et-Loire a aussi mis en place un service de remplacement féminin, presque unique en France.
Dans la Nièvre : la commission des agricultrices est de création récente dans le département, mais les difficultés de mobilisation sont réelles comme l’expliquait sa présidente, Joëlle Lebeaut. "Les mentalités masculines ont évolué mais les femmes restent encore trop en retrait". Un peu comme en Côte-d’Or, les agricultrices de la Nièvre sont encore à la recherche d’un projet qui serait suffisamment fédérateur.
Berty Robert
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