Tome des Bauges, Beaufort, Bleu de Gex, Chevrotin, Ossau Iraty, Picodon, Reblochon, Morbier et
autres Pelardon s’étaient tous donnés rendez-vous le 30 septembre à Forcalquier (Alpes de Haute-Provence), à l’occasion de l’assemblée générale de la Fnaoc (Fédération nationale des appellations d’origine contrôlée). Composée de quatorze syndicats interprofessionnels AOC, cette dernière “représente 8.437 producteurs de lait, 1.010 ateliers artisanaux de transformation, dont 696 producteurs fermiers, et 122 maisons d’affinage, tous situés en zone difficile, montagneuse ou défavorisée. C’est une vraie mine d’emplois”, comme l’a expliqué en préambule Bernard Pellicier, agriculteur à Albiez-Montrond et président en titre de la Fnaoc.
Passer de 50 tonnes à 250 tonnes par an
Si la fédération avait choisi cette année Forcalquier pour tenir son assemblée générale, ce n’est pas par hasard. C’est simplement parce que c’est le terroir du Banon, toute nouvelle AOC fromagère. Pour Joël Corbon, éleveur à Limans et président du Syndicat interprofessionnel de défense et de promotion du Banon, “c’est une sorte d’intronisation dans le monde des appellations d’origine contrôlée”. Le Banon est un fromage de prestige qui permet, surtout, de tenir un rôle important en matière d’aménagement du territoire. “À 30 euros le kilo, c’est un des plus chers de France”, reconnaît Joël Corbon. Concernant la plus-value apportée par cette reconnaissance AOC, Joël Corbon est confiant : “Nous l’avons toujours eue, même si aujourd’hui les prix sont aspirés vers le haut à cause du manque de production”. Il est vrai qu’avec ses 50 tonnes annuelles, le Banon peine à répondre à la demande et l’objectif du syndicat est d’arriver rapidement à 200, voire 250 tonnes par an.
Une priorité, l’installation
Mais pour Joël Corbon, une des plus-values de cette AOC est sans conteste la possibilité de conserver des élevages en zone difficile et par là même de sauvegarder un réseau de collecte de lait, “même si son coût est très élevé”,
concède Laurent Chabanon, un jeune éleveur installé en 1998 et qui possède un troupeau de quelque 130 chèvres laitières. Il faut savoir en effet que le prix du litre de lait livré à la fromagerie de Banon se situe aux alentours de 0,60 euro, “un prix très
correct qui peut permettre l’installation de jeunes agriculteurs”, insiste Alexandre Grego, le gérant de la fromagerie.
Et pourtant, malgré cela, une menace plane toujours sur les producteurs, à savoir la difficulté d’accès au foncier. Comme le regrette Joël Corbon, “le Lubéron est saturé, les gens se tournent donc vers notre département et le foncier devient de plus en plus cher”. Une situation que dénonce également Bernard Pellicier : “On ne peut pas soutenir un patrimoine gastronomique en repoussant toujours un peu plus loin les producteurs”.