"Jamais les produits alimentaires n’ont été aussi sains". On s'en doutait un peu au vu de la longévité croissante de nos contemporains. Du moins dans nos pays industrialisés. Mais cela méritait d'être dit. Et c'est ce qu'a fait Jean-Paul Diry, professeur de géographie à l'université de Clermont-Ferrand, lors d'une table ronde organisée lors du Festival international de géographie qui s'est tenu à Saint-Dié-des-Vosges. Et il ne s'est trouvé personne, parmi les 500 participants qui assistaient à ce débat, pour le contredire.
Il est vrai que qualité sanitaire ne signifie pas forcément qualité gustative. Cependant, on peut trouver cette dernière dans les nombreux produits sous signes officiels de qualité (AOC, label, etc.). Mais il faut en profiter car ils sont menacés.
Pour les pays anglo-saxons, la notion de terroir n'a aucun sens, seul compte le procédé de fabrication. Et ils ne voient pas pourquoi il est interdit de produire du vin mousseux dénommé Champagne en Californie. Ils estiment que les appellations contrôlées ne sont que des entraves à la liberté d'entreprendre et au sacro-saint libre-échange. De plus, nombre de ces produits sont pour eux douteux sur le plan sanitaire. Sous leur pression, et celle-ci est grande, le risque est de s'orienter vers une alimentation parfaitement aseptisée mais sans goût.
L'agriculture biologique échappe à leurs critiques. Malheureusement, ses produits ne suscitent pas autant d'intérêt chez les consommateurs que dans les médias. De ce fait, ce type d'agriculture stagne, du moins en France, et même parfois régresse. Christiane Lambert, présidente de FARRE a ainsi cité le cas de producteurs de lait-bio de Mayenne obligés de revenir à l'élevage conventionnel faute de débouchés.
Mais, de toute façon, comme l'ont souligné tous les intervenants à ce débat, si les consommateurs veulent des produits agricoles sains, goûteux et respectueux de l'environnement, ils devront en payer le prix car ils coûtent plus cher à produire.
La nourriture, arme stratégique
Une autre table ronde "Géopolitique de l'alimentation : la nourriture est-elle une arme stratégique ?" a permis, elle aussi, de corriger quelques idées reçues. Oui, la nourriture est une arme stratégique et elle l'a toujours été. Et elle est encore largement utilisée de nos jours par nombre de dictateurs, en particulier dans les pays pauvres, pour soumettre ou même anéantir, des populations rétives. De plus, certains savent parfaitement se servir médiatiquement des famines pour réclamer un surplus d'aide financière ou alimentaire dont ils disposeront à leur guise. Les organismes donateurs devraient en prendre conscience et éviter de renforcer le pouvoir de ces affameurs.
La malnutrition, elle, est un tout autre problème : 840 millions de personnes dans le monde en sont victimes. Pourtant, tous les agronomes et géographes qui se sont penchés sur la question, affirment que la planète peut parfaitement nourrir tous ses habitants. D'autant que la croissance démographique s'est ralentie plus vite que prévu. Et la floraison des élevages et des cultures maraîchères, autour des villes africaines, prouve que les paysans des pays pauvres savent produire.
Il s'agit donc d'un problème de développement économique - y compris agricole - et d'un problème politique dont la solution est du ressort des dirigeants des pays du Nord mais aussi ceux du Sud.
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