Juste avant la mobilisation annoncée des agriculteurs contre la hausse du prix de l’énergie, Nicolas Sarkozy a décidé de rembourser 4 centimes d’euros de TIPP sur le fuel domestique pour la période du
1er juillet au 31 décembre 2004.
En effet, quelques heures avant le terme de l’ultimatum qu’avait fixé la FNSEA au Gouvernement, Nicolas Sarkozy a fait un geste pour les agriculteurs victimes de la hausse du prix de l’énergie. Dans un courrier qu’il a fait parvenir au président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer, le 13 octobre, le ministre de l’Economie et des Finances a annoncé une réduction de la taxe intérieure de produits pétroliers de 4 centimes d’euros sur le fuel domestique pour la période comprise du 1er juillet au 31 décembre 2004. «La traduction législative de cette mesure sera inscrite dans le projet de loi de Finances rectificative pour 2004. J’ai d’ores et déjà donné les instructions nécessaires aux services concernés de mon ministère pour que les remboursements correspondants à cette période du second semestre 2004 soient versés dès janvier 2005» assure Nicolas Sarkozy dans sa missive.
La FNSEA s’est félicitée de cette initiative. «Cette mesure correspond à notre demande, nous apprécions cette décision», a commenté Jean-Michel Lemétayer aussitôt qu’il a appris la mesure. Selon la FNSEA, la décision devrait concerner également les Cuma et les entrepreneurs de travaux agricoles qui n’ont d’autres moyens de répercuter le renchérissement de l’énergie que sur les agriculteurs. «L’assurance a été donnée que la mesure s’étendrait aux prestataires de services», a-t-il indiqué.
Spécificité agricole
En revanche, la décision ne concerne pas pour le moment les producteurs sous serre, les
producteurs de légumes et les horticulteurs notamment, qui utilisent essentiellement du gaz. «Nous attendons pour eux des mesures complémentaires», a plaidé le président de la FNSEA, notamment à la veille de l’hiver où les besoins en énergie sont plus importants.
En arrêtant ce dispositif, le ministère de l’Economie et des Finances reconnaît la spécificité de la profession agricole et l’impact de la hausse du baril sur les coûts d’exploitation et le revenu agricole ainsi que l’impossibilité devant laquelle elle est de répercuter à ses clients l’alourdissement des charges. Et si Nicolas Sarkozy plaide dans son courrier pour une vigoureuse politique d’économies d’énergie, il oublie pourtant que les agriculteurs peuvent être aussi des producteurs d’énergie. Ce que n’a pas manqué de rappeler le président de la FNSEA qui a demandé au Gouvernement de poursuivre et d’intensifier sa politique en faveur des biocarburants. «A 60 dollars le baril, il n’y a plus besoin d’arguments pour les biocarburants», a-t-il indiqué.
Reste que la décision de Nicolas Sarkozy ne porte que sur le deuxième semestre 2004. Rendez-vous a été donné aux pouvoirs publics en début 2005 si les cours du brut restaient élevés.
Charges en hausse, revenu en baisse
Cette flambée du pétrole tombe particulièrement mal à quelques semaines des premières estimations pour les comptes de l’agriculture. “L’évolution actuelle des marchés pétroliers peut laisser craindre un impact négatif de -1,5% à -3% sur le revenu agricole, affirme une note de la FNSEA, soit une facture supplémentaire pour la ferme France qui pourrait excéder 400 millions d’euros”. La hausse des prix pétroliers pèse non seulement sur le coût des
carburants mais aussi sur desproduits comme les engrais ou les matières plastiques. Soit, selon des calculs syndicaux, une part de 15% du total des consommations intermédiaires. Un impact qui dépend cependant du type d’agriculture pratiqué. Il est plus lourd pour les serristes ou les éleveurs de volailles que pour les éleveurs en système extensif ou les spécialistes de grandes cultures.
D’une manière générale, les perspectives de revenu agricole n’avaient pas besoin de cette
surcharge en matière de coût. Sur les douze mois qui précèdent août 2004, les prix agricoles
affichent, selon l’Insee, une baisse de 4,9% tandis que les charges sont en progression de 4,6%. Certes, les quantités produites sur l’année sont en forte hausse, mais il y a peu de chance qu’elles compensent de tels écarts de prix.
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