Depuis quand pratiquez-vous les TSL (Techniques Sans Labour) ?
J’ai commencé en 1995 pour deux raisons. D’une part, j’étais en double activité, agriculteur et enseignant en agronomie à Dannemarie-sur-Crête, et il me fallait gagner du temps sans perdre de rendement. D’autre part, mes terres sont limoneuses, donc fragiles, et connaissaient des problèmes de battance et de portance dus aux passages d’engins.
Depuis l’année dernière, je suis en TSL à 100%. Finies les questions d’érosion et de croûte du sol à résoudre et mon temps de travail a été divisé par deux. Au lieu de semer 1 ha de maïs en 2h, je mets maintenant 1/2 h à 1h selon les terrains.
Les gains en travail sont en effet importants. Y en a-t-il d’autres ?
Je gagne également sur la consommation de gasoil. Je dépense 1 l/q contre 1,5 l/q auparavant avec des conséquences directes sur l’EBE.
Quels sont les grands principes des TSL ?
L’objectif de ces techniques est de faire augmenter rapidement la teneur en matières organiques (au bout de 5 ans) des sols. Or, en laissant les résidus de récolte en surface, ceux-ci se décomposent en présence d’oxygène et forment l’humus qui rend les sols riches en vie microbienne et en éléments minéraux. Au contraire, lorsqu’on laboure, la matière organique est enfouie dans la terre, se transforme en méthane et se volatilise.
Reste l’aspect désherbage qui disparaît avec le labour. En TSL, on est obligé d’avoir recours à des solutions chimiques pour avoir un sol propre avant de le travailler. Se dégradant rapidement, ces substances n’empêchent en rien le semis de bien pousser. Autre avantage : ce premier passage de matières actives permet de limiter les doses de désherbants sur les cultures par la suite.
En modifiant la structure du sol, les TSL ont-elles modifié d’autres pratiques de cultures ?
On peut dire qu’avec les TSL l’agronomie a repris sa place. On pratique des rotations de cultures plus longues et de ce fait les maladies ne se propagent plus d’une année sur l’autre, comparé à quelques années en arrière lorsqu’on faisait blé sur blé ou maïs sur maïs. Autre exemple, on laisse le sol toujours couvert en hiver pour qu’il ne subisse pas de perte de calcium ou de nitrate.
Et les effets négatifs des TSL ?
En réalité, je n’en connais pas. Il faut surtout veiller à prendre en compte certaines particularités comme l’aménagement des semoirs qui passent sur les résidus des récoltes, la plus forte puissance des tracteurs et un équipement en pneumatiques approprié (basse pression). Quant au problème des mauvaises herbes qui réapparaissent (bromes), il se règle très rapidement par les rotations.
Qu’attendez-vous de la journée Rallye-Sol du 23 septembre ?
Cette journée est organisée pour les agriculteurs qui se posent des questions relatives à cette technique comme la réduction des doses, combien ? les cultures intermédiaires, quelles espèces ? quels types de matériels ?…On espère beaucoup que ceux qui ne font pas de TSL seront tentés par celles-ci, mais pour y parvenir il faut déjà lever beaucoup de préjugés. Les éleveurs sont également concernés qui peuvent épandre en surface en réduisant les doses. Il nous faut bien avoir en tête que les TSL sont les techniques les plus répandues au monde (70 millions d’hectares) en particulier aux Etats Unis et au Brésil. La France est en retard sur ce sujet. Or, le gain de temps est incontestable, et à l’heure où les primes et les prix ont tendance à baisser, la seule porte de sortie réside dans l’augmentation du nombre de quintaux de produits par UMO. D’après une enquête ARVALIS, la France est à 1.000 t/UMO contre 2.071 t/UMO en Australie.
Interview réalisée par Martine Fleischel, CA39
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