Quelque 18 milliards de sacs de caisse sont distribués en France dans les supermarchés par an. la France est le plus gros consommateur mondial de ces sacs, dont on se sert à peine 20 minutes alors qu'ils mettront 100 à 400 ans pour se dégrader. 10 milliards d’entre eux ne sont ni recyclés ni incinérés car, s’il est vrai que 75% de ces sacs plastiques sont utilisés comme sac poubelle, la part des ordures ménagères mises en décharge est encore de 50% (contre 8% recyclées, 7% compostées et le reste est incinéré). Plus de 120 millions de sacs se retrouvent chaque année en mer et sont consommés par les dauphins, les phoques ou les tortues qui les confondent avec des méduses et meurent d’occlusion intestinale. Que faire ? Les interdire sans doute. Mais pour l’instant, seule l’Ile de beauté a eu ce courage politique et citoyen. Pour le reste du territoire, la FCD (Fédération du commerce et de la distribution) s’est seulement engagée à diminuer la distribution du nombre de sacs de caisse de 15% à 25% d’ici trois ans ! Cependant, selon une communication de la FCD le 15 juin, la plupart des grandes enseignes dépasseront ces objectifs.
Intermarché et Casino déjà convaincus
Pourtant, il existe des solutions : la société Bagherra, fondée par des professionnels de la grande distribution, propose depuis peu des sacs cabas réutilisables et biodégradables. Ils sont fabriqués en Mater-bi, un bioplastique à base d’amidon de maïs, fabriqué par la société italienne Novamont, leader mondial du marché des matériaux biodégradables. Déjà, les enseignes Intermarché, Casino (hypermarchés Géant) et la société Coop Altantique, adhérente de carrefour, ont signé des contrats avec Bagherra pour distribuer ces sacs en plastique d’origine agricole (donc renouvelables) et biodégradables, ce qui représente pour l’instant 1 600 points de vente. «Nous ne sommes pas opposés à cette solution mais nous voulons d’abord réaliser un éco-bilan pour ce matériau, en intégrant aussi la culture du maïs qui est gourmande en eau et en produits de traitements...», explique de son côté Pierre Frisch, directeur de l’environnement chez Auchan.
Biodégradabilité et valorisation par le compostage
Novamont a produit 35 000 t de mater-bi en 2003, contre 10 000 t en 2000, avec une progression de 33% par an depuis 1994. Or, il faut une tonne de maïs pour produire une tonne de mater-bi. Les fournisseurs sont principalement Français, avec Roquette et Cerestar. «Les polymères à base d’amidon de maïs sont biodégradables en moins de deux mois, ils sont digérés sans risque par les animaux, ils ne contiennent pas de métaux lourds et ils peuvent être valorisés par le compostage», explique Christophe Doukhi-de Boissoudy, directeur développement chez Novamont. Les différentes références de Mater-bi sont composées de 70 à 75% d’amidon (généralement de maïs, mais pour certaines références de pomme de terre), mais Novamont doit ajouter obligatoirement des «agents complexants» issus de la chimie du pétrole. «Même si ses produits sont aussi biodégradables et non toxiques, nous limitons le plus possible le recours à la chimie du pétrole» précise-t-il. Des travaux de recherche sont conduits actuellement pour fabriquer des biomatériaux 100 % végétaux, en ayant recours, entre autres, à la chimie issue des oléagineux. Déjà, Novamont fabrique des couverts en plastiques constitués uniquement d’amidon et de cellulose.
Plus cher, mais c’est pour la bonne cause
Qu’en est-il du coût ? Le sac cabas, mater-bi, est réutilisable 6 à 8 fois, coût au consommateur 30 centimes d’euros, à comparer aux 15 centimes de consigne pour les sacs cabas en polypopylène dans les magasins Lelcerc. «Intermarché a fait le choix de s’aligner sur 0,15 Euro et de prendre à sa charge la différence, considérant qu’il fera des économies en distribuant moins de sacs de caisse», précise Jean-Luc Morisset, de Bagherra. «Les sacs plastiques ne devraient pas être gratuits car on ne prend pas en compte leur fin de vie», considère Antoine Gaset, spécialiste des agromatériaux à l’Université polytechnique de Toulouse. La seule solution est que la population française se mobilise autour de ce sujet. «Un jour ou l’autre, la mauvaise conscience des citoyens l’emportera», est-il convaincu. «Nous devons encore beaucoup travailler pour convaincre, parce qu’au niveau des institutions françaises, nous ne sommes pas aidés», regrette le responsable de Novamont. |