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Actualité du 4 juin 2004

A Vesoul

Union beurrière : vers une fermeture du site
Une entreprise agroalimentaire va disparaître du paysage haut-saônois : l’Union Beurrière. Son activité va être transférée dans le centre de la France. Explications et commentaires.

L’Union Beurrière fermera son site de production d’ici la fin de l’année. Elle ne dépose pas le bilan mais se restructure et fusionne.
En effet, les actionnaires essentiellement les groupes Sodiaal et Entremont ont préféré mettre un terme à l’activité de la plus grosse beurrerie de l’Est de la France ainsi qu’à celle de Montauban, pour concentrer la production de beurre sur les sites de Quimper et Clermont Ferrand. “Cette restructuration va nous permettre d’avoir une beurrerie de taille européenne, capable de produire près de 50.000 T de beurre par an.

Aujourd’hui à Vesoul le site ne traite pas un volume de crème suffisant pour être rentable” explique le président Jean-Pierre Luciot. Et d’ajouter “Nous avons réalisé un résultat déficitaire en 2002 et 2003. Il fallait trouver une solution. Nous avons, depuis ces dernières années utiliser tous les moyens possibles pour maintenir l’outil et la production. Aujourd’hui, la conjoncture nous contraint à fermer ce site. Les entreprises de transformation laitière sont appelées à se restructurer, nous sommes les premiers à le faire sur le secteur pour diverses raisons.

Manque d’approvisionnement
D’une part nous ne trouvons pas assez de matière première à travailler. Vesoul pour être compétitif doit produire 30.000 T de beurre mais nous n’avons pas de volume de crème suffisant localement. Nous l’importons d’Espagne et de Grande Bretagne. De plus, la rareté de la crème face à une forte demande notamment des glaciers a fait augmenter les prix. Alors bien sûr, il nous reste les crèmes de sérum, de moindre qualité. Nous les utilisons dans les fabrications de beurre “premier prix” destiné aux hard discounters lesquels ne cessent de nous mettre la pression pour acheter toujours moins cher.
Face à cette hausse du prix de la crème nous assistons à une baisse de la consommation de beurre de près de 5% par an. En clair, chaque année, on consomme 20.000T de beurre en moins soit la production annuelle d’une Union beurrière.
Enfin, à ce contexte, il faut ajouter une baisse de prix du beurre liée notamment à la réforme de la Pac. Bruxelles va limiter ses soutiens, et donc le prix du beurre va baisser de près de 7%. C’est donc pour nous 7% de chiffre d’affaires en moins ! Notre seule solution est donc de limiter les coûts de production. De plus, les grandes surfaces connaissent la réforme de la Pac et depuis quelques mois ne veulent pas passer de hausse de prix conscientes que le prix va baisser via la diminution de l’intervention” expliquent Messieurs Luciot et Cussac respectivement président et directeur de l’Union beurrière.

Et maintenant...
Fin août, l’Union beurrière devrait faire partie d’une nouvelle entité juridique qui regroupe Sodiaal, Entremont et Unicopa. Son activité sera délocalisée et se poursuivra à Clermont. Pourquoi ne pas avoir maintenu le site de Vesoul, qui répond à toutes les normes, plutôt que celui de Clermont ? Réponse du président : “le site de Clermont et voisin d’une entreprise qui génère déjà un volume de crème important. Ce choix limite les coûts de logistique et d’approche de la matière première”.
En outre, se pose le problème des 64 emplois. “Nous avons rencontré les responsables du personnel vendredi dernier afin de leur présenter le projet de fusion. Nous avons à faire à des personnes consciencieuses, responsables qui nous ont demandé des compléments d’information. Une seconde consultation est prévue le 15 juin prochain” précise M. Cussac. “Nous devons travailler sur le reclassement du personnel. 4 à 5 départs en préretraite sont envisageables. Pour le reste nous devons faire des propositions, tenir compte de la mobilité des personnes.... Nous voulons prendre le temps de gérer ce volet social le mieux possible” explique Jean-Pierre Luciot.
Et le 18 juin prochain aura lieu l’assemblée générale ordinaire de l’Union Beurrière.
Reste que la restructuration de l’Union Beurrière, c’est la disparition d’une entité économique régionale, la perte de 64 emplois mais c’est surtout la conséquence de la politique agricole de Bruxelles dont les décisions ont un impact lourd sur le chiffre d’affaires.
Seule certitude, cette fermeture contentera “les défenseurs de la nature” qui ne voyaient en l’Union Beurrière qu’une entreprise polluante...


Christelle Darosey

L’union beurrière en chiffres
• 64 salariés
• 24 à 25.000 tonnes de beurres fabriquées. 15.000T en beurre plaquette pour la grande distribution et 10.000T de beurre industriel en motte.
• 80 millions d’euros de chiffre d’affaires
La collecte de la crème nécessaire à la fabrication s’effectue pour 2 à 3.000 tonnes localement, Entremont en livre 4.000T, les contrats annuels (Danone, Nestlé) représentent 4.000T, le reste est acheté sur le marché dont une partie provient d’Espagne et de Grande Bretagne.

L’avis d’Emmanuel Aebischer, président de la FDPL
“La fermeture de l’Union Beurrière, c’est la disparition d’une entreprise agro-alimentaire dont l’activité s’étend à toute la Franche-Comté et plus largement à l’Est de la France. Cette décision de restructuration ne sera pas sans conséquence pour la filière laitière régionale. En effet, l’activité du site de Vesoul va être transférée vers celle de Clermont-Ferrand. Les entreprises de transformation laitière vont donc devoir acheminer leur crème plus loin ce qui va se traduire pour elles par des frais logistiques supplémentaires. On peut penser que ces charges de transport vont aussi peser sur le prix du lait.
D’autre part, cette fermeture, c’est aussi la disparition de 64 emplois pour le bassin vésulien.
Mais la disparition de la beurrerie vésulienne n’est pas le résultat du manque de compétitivité de l’usine : c’est une conséquence directe de la mise en place de la nouvelle politique agricole européenne.
En effet, la décision de Bruxelles de baisser les soutiens aux marchés du beurre et de la poudre a fait chuter les cours. Nous avons longuement dit combien cette politique agricole était perverse, elle aura un impact sur les comptes de résultats des fournisseurs de l’UB qui sont les transformateurs laitiers régionaux.
Rappelons que la baisse des cours du beurre et de la poudre tire le prix du lait vers le bas depuis plusieurs mois déjà. Aujourd’hui, la fermeture de l’UB risque d’augmenter les charges des transformateurs laitiers qui s’en nul doute pourraient être répercutées sur les producteurs ”.

Pour Denis Milleret
Les entreprises laitières font les frais du contexte économique

Pour Denis Milleret, PDG de la fromagerie du même nom à Charcenne, la fermeture de l’Union Beurrière, c’est le résultat d’une conjoncture laitière difficile. C’est la preuve que les restructurations sont indispensables pour une entreprise qui veut rester présente sur le marché demain.
Pratiquement, la fermeture du site de Vesoul n’aura que peu d’incidence sur l’activité de la fromagerie de Charcenne qui vend peu de crème de lait et de crème de sérum à l’Union beurrière. “Notre crème est réincorporée dans nos pâtes molles c’est la raison pour laquelle nous avons un faible excédent de crème. Mais nous travaillerons toujours avec l’Union Beurrière. Par contre je pense que pour les fruitières du Haut-Doubs, cette fermeture aura une plus grande incidence.
Néanmoins, c’est toujours malheureux de voir une entité économique locale disparaître du paysage, et je pense notamment à l’impact social lié à cette fermeture” ajoute Denis Milleret.

Pour Norbert Mougey
Cette restructuration reflète le marché

“Pour la coopérative laitière d’Aboncourt, la fermeture de la beurrerie de Vesoul aura peu d’incidence sur l’activité puisque la coopérative achète seulement de temps à autre, en cas de besoin, de la crème de lait à l’UB”. De même elle livre peu de crème de sérum. Mais pour le directeur de la Coop d’Aboncourt, Norbert Mougey, cette restructuration reflète la situation du marché “Actuellement on vend l’emmental moins cher qu’il y a 25 ans !”



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