Délicat, avec un E.B.E. (excédent brut d’exploitation) de 16.438 euros (107.827 F) de faire vivre deux exploitants. Pourtant, la ferme laitière de Jean-Michel Bellepoix et de sa sœur Laurence semble de dimension suffisante, avec 74 ha de S.A.U. et un cheptel de 34 vaches montbéliardes. Mais en arrière-plan, un agrandissement difficile à gérer. "L’installation de Laurence en 1990 a apporté du quota supplémentaire, alors que nous n’avions pas assez de
fourrage. Et nous avons pris l’habitude de distribuer davantage de farine… la trésorerie s’est
progressivement dégradée, nous avions perdu nos repères" se souvient Jean-Michel. C’est le passage de Jean-Marie Vivot, conseiller d’entreprise à la Chambre d’agriculture du Doubs qui va débloquer la situation, en 1996. "Une fois qu’on a la tête dans les problèmes, ça devient vite ingérable, on ne sait pas par quel bout les prendre" reconnaît l’éleveur.
Remettre les choses à plat
Aussi, la démarche Pactéor va s’avérer salutaire pour les exploitants. En quelques années, l’E.B.E. sera multiplié par plus de trois, sans quota supplémentaire, et atteindra 53.268 euros (349.415 F) en 2003. Mais quels sont les leviers de ce redressement spectaculaire ? "Le principal atout de Pactéor, c’est une approche globale à la fois technique et économique : les deux ne sont pas toujours en phase. L’analyse comptable permet de trouver une cohérence, de rechercher l’origine des problèmes, et ensuite sur le plan technique on va regarder ce que l’on peut faire pour améliorer la situation" explique Jean-Michel. "On a donc examiné tous nos résultats, point par point, en se comparant avec des systèmes similaires au nôtre. Et ça nous a permis de nous améliorer partout". Laurence, elle, insiste sur la notion de saine émulation au sein du groupe d’agriculteurs dans la démarche : "La comparaison des résultats, ça motive. On sait qu’on peut faire mieux, puisque d’autres y arrivent. Mais il n’y a pas de véritable concurrence car les résultats restent anonymes". "On peut se comparer avec des systèmes comparables, entre gens qui partagent les mêmes contraintes et les mêmes objectifs", renchérit Jean-Michel.
La première étape de ce processus passe par amélioration de la situation financière de l’exploitation, alors critique. "On avait 80.000 F de dette chez un fournisseur (celui d’aliments)…" se souvient Jean-Michel. Une dette qui pèse alors lourdement sur la gestion de la ferme, car elle génère d’importants frais financiers, mais qui handicape aussi les exploitants dans leurs prises de décisions, telles les ventes d’animaux. "Un prêt de trésorerie nous a permis de remettre tout à plat, d’en finir avec les frais financiers faramineux". Et les banques se sont montrées d’autant plus prêtes à coopérer que le programme Pactéor a pour elles valeur de suivi d’entreprise.
La notion d’efficience
Mais pour les deux exploitants, c’est aussi l’intégration d’un nouveau concept qui va leur permettre de progresser, celui de l’efficience, c’est-à-dire la mise en œuvre optimale des ressources : "Avant Pactéor, je n’avais jamais entendu parler d’EBE, même pendant ma formation de BTA" reconnaît Jean-Michel. Cette notion d’efficience sera particulièrement importante pour améliorer le système fourrager. "Dans le groupe d’exploitations proches du nôtre, nous nous sommes rendus compte que ceux qui avaient de l’autonomie fourragère dégageaient de l’EBE. Nous avons travaillé sur ce thème pour diminuer de manière importante les charges opérationnelles, notamment celles de concentré : les quantités distribuées étaient deux fois trop importantes" Les exploitants abandonnent alors la production de maïs et modifient leurs pratiques en matière de gestion fourragère. Certes, la moyenne laitière diminue de près de 1.000 Kg, passant en un an de 6.800 à 5.800 Kg/VL/an, suite à ces mesures drastiques, pour se stabiliser aujourd’hui aux alentours des 6.200 Kg. Mais Jean-Michel ne s’en plaint pas, convaincu que ce niveau de production est davantage en cohérence avec la structure de l’exploitation et le niveau d’intensification fourragère. "Des vaches qui produisent moins, c’est aussi moins de frais d’élevage, moins de problèmes de santé, de fertilité". De même, les charges liées à la fertilisation ont été revues à la baisse. "On a beaucoup simplifié la fertilisation : 40 unités de 20-4-8 partout, et nous épandons du fumier sur un maximum de prés de fauche. Maintenant, nous avons un budget ferti à ne pas dépasser…" Du côté de la mécanisation, ils s’appuient davantage sur la Cuma. "L’épandeur à hérisson vertical nous aide beaucoup !". En faisant moins appel à la trésorerie de l’exploitation pour financer les petits investissements (faucheuse par exemple) mais plutôt à des emprunts, en rachetant des matériels d’occasion plutôt que du neuf, les charges sont fortement diminuées.
La nouvelle PAC
La visite saisonnière du conseiller chargé du suivi Pactéor, en l’occurrence Matthieu Cassez, est l’occasion pour les deux exploitants de rechercher de nouvelles pistes d’amélioration. Avec en ligne de mire la volonté de faire progresser les prélèvements privés. Le thème du taux protéique préoccupe Jean-Michel, qui regrette de ne pas avoir pris davantage en compte ce critère dans sa politique de réforme et les choix d’accouplement. "Deux stratégies sont possibles : soit vous continuez à diminuer les frais de concentrés, soit vous essayez d’améliorer le prix du lait via l’amélioration du taux protéique, en ne perdant pas de vue cette notion d’efficacité économique" explique le conseiller, qui présentera une simulation chiffrée lors de sa prochaine visite, simulation qui prendra bien sûr en compte la valorisation de la matière protéique par l’entreprise à laquelle livrent les exploitants.
La nouvelle PAC interroge également les exploitants : quelle est leur référence historique pour la surface primable en céréales ? Combien faut-il continuer à exploiter pour conserver les droits à prime et quelle sera l’incidence économique du choix de réduire la surface cultivée en céréales à minima ? En effet, Jean-Michel est avant tout éleveur, et ne se passionne pas pour les grandes cultures… Autant de questions auxquelles Matthieu Cassez va apporter des éléments de réponse. D’abord en reprenant les documents comptables pour calculer la moyenne des surfaces primées en 2000, 2001 et 2002 : 6,28 ha. Pour conserver l’aide, il suffira de continuer à cultiver un quart de cette surface en céréales. "Il faut tout prendre en compte : vos goûts personnels, mais aussi l’aspect sécurité fourragère qui peut être amélioré, en libérant 4,5 ha pour les pâtures, les frais de mécanisation, l’autonomie de l’exploitation en concentrés…" détaille le conseiller. Car qui dit davantage de surface fourragère, dit possibilité de mettre les animaux plus tôt au regain, mais également de diminuer les charges de concentrés en été. Mais en contrepartie, des achats de paille et de céréales… A l’aide de sa calculatrice, Matthieu Cassez a tôt fait de calculer que dans ce cas précis, avec des rendements en céréales de l’ordre de 45 q./ha, un tel choix serait bénéfique économiquement pour l’exploitation, du moins dans l’hypothèse que les prix des céréales n’augmentent pas fortement au cours des prochaines campagnes. "Ce qu’il vient de calculer, on ne l’avait pas fait…" remarque Laurence.
Gestion du pâturage
Enfin, un tour dans la pâture des vaches laitières va conclure le passage du conseiller, et permettre une discussion approfondie sur le thème de la gestion du pâturage : taille des parcelles, fréquence de passage du troupeau, indicateurs et possibilités de modulation quand l’herbe pousse plus vite que les vaches ne peuvent la manger. "Cette année, je me suis fait un peu déborder et les vaches sont entrées à peine tard dans cette parcelle" reconnaît l’éleveur, auquel Matthieu Cassez conseille de travailler sur des surfaces plus réduites, de manière à donner une souplesse supplémentaire "avec la possibilité de débrayer à tout moment, en fauchant une parcelle qui serait trop en avance"
Alexandre Coronel
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