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Actualité du 7 mai 2004

FDSEA

Pour que la terre ne meurt pas !

Membre du bureau de la FNSEA pendant une vingtaine d’années, je ne peux rester impassible face aux attaques ignobles et injustes dont nous sommes aujourd’hui l’objet.
D’abord, Unigrain : c’est quoi ? Créé à la fin des années 60, bien avant la présidence de Luc Guyau, sous la forme de taxe parafiscale, donc avec la caution de l’Etat, il est un fonds de solidarité céréaliculteurs éleveurs. C’est bien connu, le revenu des céréaliers, au moins de certains d’entre eux, était supérieur à celui des éleveurs. Ne nous a-t-on pas souvent reproché de vouloir défendre dans une même organisation les riches céréaliers et les modestes éleveurs : et pourtant c’est bien consciemment que nous avons fait ce choix dans la ligne du «Serment de l’unité paysanne» de 1946.
Grâce à ce fonds des outils économiques au service de l’élevage ont bénéficié d’aides significatives chez Nous.
Ce fonds a aussi servi à aider l’organisation syndicale des éleveurs. La FNSEA n’est pas un monopole comme le présentent certains. C’est 21 régions et près de 50 productions les plus diverses.
C’est aussi un syndicat responsable qui a toujours plus construit qu’il n’a revendiqué. Fidèle à cette vieille maxime qui dit qu’il vaut mieux «apprendre à quelqu’un à pêcher que lui donner un poisson». Fidèle aussi à cette conviction affirmée à la tribune du Congrès de la Jac en 1954 à Sancey. «Celui qui a foi et qui construit l’emporte toujours sur celui qui doute et qui critique». Cela coulait de source qu’aider les sections spécialisées d’élevage, c’était dépasser le seul aspect économique pour aborder l’aspect humain, nous n’avons jamais considéré l’homme comme une machine à produire. Rappelons-nous la question que posait Raymond Lacombe, que j’ai reprise dans mon livre écrit en 1999 : «Où est la vraie modernité ? Quelle est la formule qui permet le meilleur épanouissement humain ? Celle qui soumet les individus à une spécialité toujours plus étroite, les condamne à n’être que les rouages d’une machinerie gigantesque dont ils ne comprennent ni le fonctionnement, ni les finalités, ou celle qui produit des individus maîtres de leurs actes, responsables de leurs décisions, définissant eux-mêmes les buts de l’entreprise ?»
Parce que notre réponse est sans équivoque, c’est bien le choix de paysans responsables et maîtres de leurs décisions que nous avons fait. Nous avons considéré de notre devoir d’aider au-delà de l’organisation économique, à une véritable promotion humaine des individus, grâce à un syndicalisme fort et constructif, indépendant des partis politiques. Dans ce même esprit, il n’y a rien de choquant, bien au contraire, à avoir bénéficié des fonds de l’Anda, les militants de la FNSEA comme du CNJA n’ont-ils pas consacré au moins les trois quarts de leur temps à des actions de formation et de développement !

Qu’on arrête de salir le syndicalisme...
Alors, de grâce, qu’on arrête de salir un syndicalisme qui trouve sa force dans l’engagement complet et bénévole de milliers de paysannes et de paysans.
On en est à nous demander quel prochain coup va nous être asséné, va-t-on nous reprocher le Bapsa (Budget annexe des prestations sociales agricoles) financé lui aussi en partie par la solidarité des céréaliers et qui a permis le financement d’une partie des charges sociales des éleveurs.
Par ailleurs, nous n’avons pas assaini le troupeau de notre département au point de faire partie des tous premiers départements français en ce qui concerne la qualité sanitaire de notre cheptel, sans une complicité totale entre le syndicalisme et le groupement de défense sanitaire mis en place par la FDSEA dès 1955, ce qui démontre, si besoin en était, que l’on n’a pas attendu le 3e millénaire pour faire de la qualité.
Il suffit de faire le bilan des 30 années qui ont suivi le serment de l’unité paysanne de 1946, bilan dont les paysans peuvent être fiers, pour démontrer que nous avions vu juste.
Une grande question se pose ! Mais que peut motiver et qui a intérêt à organiser ce massacre ?
Que l’Europe pour laquelle les paysans ont tant œuvré, au point de réaliser le marché commun agricole dans la foulée du charbon et de l’acier dès 1957, 30 ans avant les autres secteurs de l’économie, que cette Europe, oui ! ait le culot de nous condamner pour un accord interprofessionnel sur le prix de la viande bovine descendu en-dessous du prix de revient, alors qu’elle cautionne les centrales d’achats qui établissent leur fortune sur notre dos, faisant abstraction de notre revenu ainsi que des aspects pourtant combien importants d’aménagement du territoire, veut dire qu’elle abandonne ses paysans.
Que des syndicats agricoles soient plus déterminés à salir la FNSEA qu’à obtenir des mesures précises au bénéfice de tous les paysans est ignoble.
Que nos responsables politiques, qu’ils soient de droite, de gauche ou du centre, laissent l’Europe déraper vers un libéralisme débridé qui exclut l’esprit humaniste qui habitait les pères de l’Europe, tout en criant haut et fort qu’ils ne laisseront pas tomber «leurs paysans» a de quoi nous interroger...
Ne laissons pas se développer ce grand chantier de démolition de l’organisation agricole qui a fait ses preuves, et qui nous a valu les avancées que l’on sait.
Ne tombons pas dans le piège. Je n’ose imaginer que la justice de mon pays (Europe et France) condamne la solidarité.
Relevons la tête, refaisons notre unité, œuvrons tous ensemble dans un syndicalisme revigoré, condition indispensable à la reconquête de notre dignité.
Quand ils créèrent la Jac en 1929, nos aïeux avaient pour slogan «Pour que la terre ne meurt pas !». Ce slogan est revenu d’actualité.


Michel Jeannerod-Pinard

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