Après un été 2003 sous le signe de la sécheresse et de la canicule, un hiver peu pluvieux, les prairies, ce printemps héritent d’un potentiel minéral conséquent. «Il y a un effet minéralisation à retrouver, un gros potentiel de pousse, note Matthieu Cassez, conseiller de secteur à la Chambre d’agriculture du Doubs. A condition que les deux principaux freins soient levés, précise-t-il : l’humidité, et la somme des températures». Hormis des cas particuliers de surpâturage qui ont dégradé les prairies au delà de 30% de leur surface, et où il faudra ressemer des espèces intéressantes sur le plan agronomique, le couvert végétal n’a pas souffert durablement de la période sèche et conserve tout son potentiel agronomique. Mais comment optimiser l’utilisation de cette ressource, si «volatile» ? «Je préconise des systèmes d’exploitations souples, explique Matthieu Cassez. Avant tout, il faut abandonner un ordre rigide des parcelles à pâturer et être capable de réagir rapidement : si une parcelle est sur le point d’épier, il faut la faucher. C’est le pilotage à l’œil».
Surfaces, durée, temps de repos
Et de fait, comme l’ont théorisé les spécialistes de la «productivité de l’herbe» comme Voisin, l’éleveur peut jouer sur trois grandes variables pour ajuster son système aux conditions de pousse de l’herbe. D’abord, la surface mise à disposition des animaux, puis la durée de séjour dans la parcelle, et enfin le temps de repos. «Sur les plateaux et en montagne, on est à 40-50 ares par vache au printemps, ce qui correspond à 30 VL pour une parcelle d’un hectare. Les vaches n’y restent que 4-5 jours, 6 jours grand maximum, car au delà, elles mangent la partie de la plante qui contient les réserves, et cela défavorise la pousse suivante. On revient tous les 20 jours environ. C’est un système un peu stressant, qui peut entraîner une petite baisse de production, mais que l’on rattrape par la suite : avec ce type de chargement, il y a peu de refus, et la pousse suivante est très homogène» analyse le conseiller. D’autres, pour des raisons de taille du troupeau, de déplacement des animaux, de parcellaire, ou encore d’organisation du travail augmentent la taille des surfaces mises à disposition, ainsi que le temps de séjour des vaches. En augmentant les surfaces disponibles, on favorise l’apparition des zones de refus, à faucher pour préserver la qualité alimentaire de la prairie. Le rythme va aussi jouer sur l’équilibre alimentaire «Plus on revient rapidement dans une parcelle, et plus on se retrouve avec des jeunes pousses, tendres et peu fibreuses, avec un risque
d’acidose. On se retrouve alors dans des conditions proches de la mise à l’herbe : il faut alors penser à distribuer un fourrage fibreux à volonté et à la complémentation avec de la luzerne déshydratée par exemple, qui va avoir un effet d’encombrement et pouvoir tampon dans le rumen». Sur le plan pratique, c’est l’observation de l’aspect du pâturage qui permettra de juger, à posteriori, si le rythme d’exploitation est adapté ou non aux conditions. «Il est important d’avoir une référence, de bien connaître ses parcelles : on sait que les terrains séchants sont beaucoup plus difficiles à gérer car dès que la pluie tombe, c’est l’explosion» explique le conseiller.
Economies de concentré
Côté économie de l’exploitation, l’herbe va permettre de réduire considérablement les coûts de concentré, sans pour autant voir dégrader la qualité du lait.
Alexandre Coronel