Didier Furtin est agriculteur depuis 1997, à Brotte les Ray. À 29 ans, ses ambitions sont de vivre de son métier sans pour autant en devenir esclave. En conséquence, sa conduite d’exploitation consiste à simplifier le travail pour s’assurer une certaine qualité de vie. Pour lui, simplifier sous entend s’organiser. Et dans ce domaine, la ferme a subi, depuis son arrivée, une sérieuse réorganisation et pour cause. En 1997, Didier a succédé à son père sur le gaec et s’est associé à son oncle.
À cette époque l’exploitation comptait un cheptel de montbéliarde et un quota laitier de 135.000 litres, 165 hectares dont 110 de Scop et 27 droits vaches allaitantes. Côté bâtiment, les vaches allaitantes étaient sous un bâtiment avec aire paillée, à l’extérieur du village. Quant aux vaches laitières, elles étaient installées dans une étable entravée et la traite se faisait avec un pipe line.
Compte tenu du départ à la retraite imminent de son oncle, Didier a décidé d’abandonner la production laitière. Plusieurs raisons à ce choix : la nécessité de mettre le bâtiment des vaches laitières aux normes, d’envisager l’investissement dans une salle de traite mais surtout, le manque d’intérêt pour cet élevage “les vaches laitières, ce n’est pas ma passion” dit-il clairement.
“Les laitières ce n’est pas ma passion”
Donc en 2002, décision est prise d’arrêter progressivement la production laitière. Cette année-là une demande de cessation d’activité laitière est faite sur la moitié du quota. En 2003, une demande d’échanges du litrage restant contre des primes vaches allaitantes est faite. Elle aboutira à l’obtention de 23 primes vaches allaitantes. Dès lors, Didier Furtin entreprend de modifier l’étable entravée et le stockage attenant en aire paillée pour les vaches allaitantes. Cette modification et l’achat d’une pailleuse, qui lui permettent de gagner du temps, lui auront coûté près de 15.000 euros. “Aujourd’hui, seul en EARL, je n’aurais pas pu être présent sérieusement sur l’atelier lait, vaches allaitantes et céréales” explique t’il.
Aussi, les vêlages sont programmés sur deux périodes. Les génisses sont inséminées en début d’année pour un vêlage attendu en octobre, novembre. “L’insémination artificielle permet de corriger les défauts des génisses, apporte de la conformation et me permet d’avoir un troupeau homogène. J’ai aussi un taureau, inscrit au herd Book que j’utilise sur les vaches qui vêlent en janvier-février” explique Didier Furtin.
Effet directive nitrate
Après avoir restructuré le pôle “animal” de l’exploitation, Didier Furtin s’est consacré à la production de céréales et d’oléagineux. Le travail fait dans ce domaine a surtout été induit par la directive nitrate qui touche son canton de Dampierre-sur-Salon.
“Un peu par la force des choses, on s’est posé des questions sur nos pratiques culturales, nous avons suivi des formations et appris à raisonner davantage les apports d’intrants. Déjà, dès mon arrivée sur le gaec, nous avons eu une réflexion sur les apports d’engrais de fond. En effet, en labourant on remontait le fumier que nous avions mis l’année précédente : il y avait donc déjà un souci sur l’efficacité de l’apport à ce moment là. Et puis, j’ai suivi une formation sur le compost avec des collègues des villages voisins. On s’est rendu compte que si nous compostions nos tas de fumier, nous pouvions apporter plus facilement le fumier sur les parcelles et surtout au meilleur moment, c’est-à-dire quand la plante en a besoin, quand le sol travaille. De là est née l’idée d’acheter une composteuse en Cuma. De 7 agriculteurs intéressés au départ, nous avons fini à 20. Ensuite nous avons poussé la réflexion plus loin, certains avaient des épandeurs en fin de vie ou inadaptés. La Cuma a donc décidé d’investir et s’est équipée de deux épandeurs de 10T à hérissons verticaux. Mon vieil épandeur est devenu une benne” explique Didier Furtin.
Posséder du matériel en commun ne lui fait pas peur. Dès son installation il faisait déjà appel au Cemes pour les semis de colza et de tournesol. Cultivant près de 9 ha en maïs destinés à l’ensilage pour nourrir les vaches allaitantes et leur suite, 24 ha de colza, 44 ha de blé, 15 ha d’orge, 7,5 ha de tournesol et le reste en luzerne, Didier Furtin ne regrette pas ces choix et envisage à l’avenir de raisonner toujours plus ses charges de mécanisation. “Je pense qu’en Cuma on peut investir sans souci dans du matériel de travail du sol. Par contre, sur un pulvérisateur, c’est plus délicat. On ne peut pas tout acheter en Cuma”.
Raisonner la mécanisation
Finalement, la directive nitrate est, sur son exploitation à l’origine de nombreuses économies. Une meilleure utilisation des fumiers, les analyses de sol régulières, l’utilisation de la bineuse dans les maïs, “outil demandé au sein de la Cuma par les agriculteurs en bio mais qui a aussi de bons résultats en conventionnel puisqu’un binage est équivalent à deux arrosages !” ont eu pour effet de réduire les charges.
Le poste approvisionnement a régressé “mes prédécesseurs étaient plus généreux que moi notamment sur les apports d’engrais, les analyses de sol nous l’ont montré”.
Son avenir ? Didier Furtin le voit “sur le même chemin. Aujourd’hui, pour augmenter notre revenu, il nous faut réduire les charges au maximum, c’est le seul moyen. Pour moi, travailler en Cuma me permet certes de limiter mes charges de mécanisation mais surtout, pour moi qui suit seul sur l’exploitation, de travailler en entraide aussi. Si un jour, je suis coincé sur un chantier, je peux demander de l’aide à un collègue, et c’est appréciable.”
Toutefois, compte tenu de toutes les contraintes agri-environnementales et de la paperasserie qu’elles génèrent, Didier Furtin envisage de s’informatiser, pour limiter et mieux exploiter les données de son exploitation tant pour les utiliser au niveau comptable que technique.
CD
"Matériel en Cuma : c'est génial !"
Si les Cuma ont pour slogan en Cuma c’est plus sympa, pour Didier Furtin, “c’est génial !” Aujourd’hui, il travaille de plus en plus en Cuma et s’est investi au sein de la Cuma des quatre vallées. “La moyenne d’âge des membres du bureau de notre Cuma doit se situer entre 29 et 30 ans. À travers cette constitution, nous avons appris à nous connaître et aujourd’hui, on ne pourrait plus faire marche arrière.
C’est trop génial, je peux travailler avec du matériel neuf, performant et qui fonctionne. Seul, jamais je n’aurais pu me le payer ; à moins de me serrer la ceinture jusqu’à la retraite... et encore.
Aujourd’hui, j’ai des parts sur la composteuse, les épandeurs, les herses à prairie, le broyeur à végétaux, l’ameublisseur, la bineuse. Utiliser ces outils me coûtent près de 1.000 euros par an. Faites le calcul de combien j’aurais dépensé si je les avais achetés seul !”.
Et Didier Furtin d’ajouter : “Sans le vouloir, au sein de la Cuma qui est avant tout une entité économique, il y a des échanges, on est moins isolé dans notre coin, on a appris à travailler ensemble, on est plus soudé, mais il n’y a rien de gratuit. Chacun compte les heures passées chez l’autre, cela fonctionne ainsi”.
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