Mercredi, la FDPL avait convié autour d’une table ronde son président national, Henri Brichart, et des représentants de la transformation laitière : Denis Milleret, Yves Pegeot, responsable des achats lait dans l’est de la France pour le groupe Lactalis, et Jean-Pierre Luciot, président de l’Union Beurrière.
L’objectif n’était pas de définir un prix du lait pour le second semestre. Cette table ronde avait pour ambition d’évoquer le devenir de la filière laitière compte tenu des nouvelles données liées à la réforme de la Pac.
En effet, un sondage réalisé en février 2004, révèle que près d’un tiers des producteurs de lait pourrait cesser leur activité si le prix du lait baisse au-delà de 18%. “Nous sommes inquiets vis-à-vis du devenir du prix du lait, de l’aide découplée qui risque de décourager certains de produire. Et nous souhaitons que les discussions autour de cette table nous apportent plus de visibilité et un peu d’optimisme” indiquait Emmanuel Aebischer , président de la FDPL, dans son propos d’introduction.
Pour Henri Brichart, cette réforme est une véritable rupture puisque le lait subit la même réforme que les céréales et la viande. Et autre nouveauté, l’aide compensatoire, est une aide directe découplée de l’acte de production. Cette aide accordée par Bruxelles doit compenser les baisses des prix de soutien des prix du beurre et de la poudre de lait. Seule satisfaction de cette réforme : la prolongation des quotas en 2014-15.
Pour Jean-Pierre Luciot, la baisse des prix du beurre et de la poudre aura un effet domino sur le prix du lait, et c’est le marché international qui régulera le marché intérieur.
Dans un tel contexte, doit-on craindre une délocalisation de la production à l’Ouest ? Pour Jean-Pierre Luciot, l’Ouest a des industries et la capacité de traiter plus de lait. Pour Yves Pégeot, la réforme de la Pac va modifier le paysage laitier mais ne va pas se traduire par un passage du lait de l’Est de la France à l’Ouest. Par contre, là où la production laitière est hors des bassins laitiers, on peut être inquiet sur le devenir de la production laitière.
Et Thierry Chalmin de s’interroger : “Est ce que le découplage est un handicap ? Ne va t-il pas permettre de limiter les volumes de lait sur le marché et donc ne permettra t-il pas de maintenir les prix, si ce découplage n’est pas assorti de négociations internationales ?” Pour Yves Pegeot, le découplage peut effectivement servir l’équilibre offre et demande de lait.
L’interprofession au travail
Faut-il un prix du lait unique en France ? Sur ce thème tous les intervenants s’accordent pour dire non. Alors à partir de quels critères doit être concocté le prix du lait ? Deux questions auxquelles les présidents de groupements de vente de lait présents dans la salle ont été très attentifs. Pour Henri Brichart, il est clair que l’entreprise qui fait que du beurre et de la poudre de lait, autrement dit des produits industriels, n’a pas la même valeur ajoutée que celle qui fabrique des produits AOC ou bien encore des marques. Et donc le prix doit tenir compte du mix-produit, et donc de la bonne tenue des marchés des produits de grande consommation (PGC). Ce à quoi, Yves Pégeot a fait remarquer que depuis 1997, le prix du lait s’était maintenu grâce à l’intégration des PGC. Et Denis Milleret de préciser que selon le mix-produit des entreprises, certaines voulaient, en début d’année une baisse de 18E d’autres de 3E !
“Actuellement, suite aux actions de février, l’interprofession s’est remise au travail pour définir un nouveau mode de calcul du prix du lait. Comme Modal-Prix qui avait été mis en place en 1997, le nouvel accord devra tenir compte de la tenue des marchés des PGC. Mais, il faudra donner une marge de manœuvre aux entreprises qui ne font que du beurre et de la poudre, c’est-à-dire celles qui ont un mix-produit faible. Mais cela dans un cadre précis. C’est un des enjeux du nouvel accord qui va se dessiner” a souligné Henri Brichart, avant d’ajouter : “si les entreprises qui fabriquent du beurre et de la poudre changent de cap, elles vont se retrouver sur les marchés existants déjà encombrés et vont donc peser sur ces marchés et faire plonger les prix. Ce n’est pas dans notre intérêt”.
Quant à l’intégration de la compétitivité des entreprises dans la constitution du prix du lait, c’est un exercice plus que périlleux, difficile. “La compétitivité ne se mesure pas au prix d’achat de la matière première seulement, elle s’estime aussi d’après les prix de vente” a insisté Henri Brichart. Et Denis Milleret d’ajouter, “le prix n’est pas fonction que du produit, il est également fonction de sa destination : hard discounter, marque distributeur ou bien encore la Grande distribution”.
Centrale de vente contre centrale d’achat
Dans la salle, Jean-Luc Jeudy et Michel Canévarolo ont proposé aux transformateurs de s’organiser pour vendre de la même façon que l’a fait la grande distribution dans les centrales d’achat. “C’est interdit” réplique Jean-Pierre Luciot. Il doit y avoir des solutions répondent les producteurs quelque peu agacés par la réponse.
Et le prix ?
La bonne nouvelle est que pour le troisième trimestre, si modal prix, autrement dit si le mode de fixation était celui que nous avons connu jusqu'à l’année dernière, sans lissage, le prix du lait ne baisserait que de 2,8E/1000 litres contre les 10E annoncés ce début d’année. La conjoncture mondiale n’est pas mauvaise. L’Océanie subit pour la seconde année une sécheresse qui limite la production. Les USA assainissent leurs cheptels et ont abattu des vaches laitières. “Mais la commission fait tout pour baisser le prix du lait, c’est une de ces missions, nous dit-elle” ajoute Henri Brichart.
Mais de l’avis général des transformateurs, quand le lait augmente à la production, les entreprises se portent mieux, alors...
Pour Henri Brichart “il n’y a pas de fatalité, il y a des périodes difficiles, moroses. Bien que le nombre de producteurs se réduise de 4% par an, je suis convaincu qu’il y a encore des gens passionnés par ce métier, des jeunes intéressés par la production. Nous devons tout faire pour trouver un mode de prix du lait qui soit gagnant-gagnant au sein de l’interprofession. Ce n’est pas facile, mais la volonté est là, du côté des producteurs et des transformateurs. Les groupes de travail travaillent sereinement pour le moment. D’ici juillet, date butoir, les échanges seront peut-être plus tendus, mais j’ai confiance” concluait Henri Brichart.
CD
|