C’est un curieux effet secondaire, que leurs inventeurs n’avaient sans doute pas prévu. Les OGM supportent très mal la lumière. Que ce soit dans les champs ou dans les rayons des magasins, ils semblent disparaître dès qu’ils sont exposés. L’actualité vient une nouvelle fois de le démontrer. Alors qu’est entré en vigueur, le 18 avril, le nouveau règlement européen sur la traçabilité et l’étiquetage des OGM, les industriels affichent déjà leurs intentions d’éviter toute mention sur les étiquettes. “Les industriels ont très bien compris depuis longtemps le message. Les consommateurs n’en veulent pas” explique Thierry Geslain, directeur qualité et consommation de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania). Que le consommateur-roi refuse toute mention à cette technologie sur ses emballages et il est aussitôt exaucé. Les industriels veulent traquer les formules pour en faire disparaître tout ce qui contient ou est susceptible de contenir des OGM dans une teneur supérieure ou égale à 0,9%. c’est le seuil à partir duquel l’étiquetage est obligatoire.
L’origine plutôt que la détectabilité
Le 0,9% peu sembler un piètre changement par rapport à l’ancienne réglementation, qui autorisait 1%, mais l’essentiel de la réforme n’est pas là. Comme l’explique Juliette Mélédié, conseillère technique au syndicat national des producteurs d’additifs (Synpa), “les critères en matière d’étiquetage ne s’appliqueront plus sur la détectabilité mais sur l’origine”. Autrement dit, il ne suffira plus de réaliser un test démontrant l’absence de gène modifié, le classique test “PCR”, mais il faudra mettre en place une réelle traçabilité à tous les stades de la filière. Cette disposition induit également que de nouveaux produits ne contenant pas de trace de gènes, mais issus d’OGM, seront désormais soumis à l’étiquetage. C’est le cas notamment de composants comme l’huile.
L’industrie alimentaire ne s’en plaint pas. Comme l’explique Thierry Geslain, “les industriels ne porteront plus seuls la responsabilité de l’étiquetage. Celle-ci sera partagée avec les autres maillons de la filière. Nous n’étions pas demandeurs de cette réglementation mais nous en sommes finalement assez satisfaits”. En tout cas, s’amuse-t-il, “les militants de Greenpeace qui iront traquer les OGM dans les rayons risquent de revenir avec peu d’informations”.
L’UFC, compte expliquer les aliments du bétail
La nouveauté c’est que l’agitateur écolo Greenpeace pourrait bien être rejoint dans sa requête par la puissante association de consommateurs UFC Que Choisir, qui a décidé de s’inviter dans le débat. Membre du Conseil national de l’alimentation depuis septembre dernier, l’organisation a, dès son entrée, demandé une réflexion sur l’étiquetage des produits animaux; “Chaque fois on nous dit que ça ne vaut pas la peine d’en discuter” s’indigne Hélène Moraut-Pentanes, en charge du dossier agriculture et alimentation de l’association. “Quand on demande les choses gentiment, personne ne nous écoute. Cette fois, nous allons expliquer aux consommateurs comment sont nourris les animaux qu’ils mangent” explique-t-elle posément, consciente qu’elle vient de dégoupiller une petite grenade. Le communiqué diffusé pour l’occasion à toute la presse explique donc que “les consommateurs ne sont pas dupes puisque le secteur de l’alimentation animale représente plus de 80% des débouchés OGM” et que, par conséquent “cette réglementation ne répond pas aux exigences de transparence permettant au consommateur de faire son choix”.
Les aliments du bétail devront aussi être étiquetés
Chez les fabricants d’aliments du bétail, on préfère ne pas imaginer les conséquences d’un étiquetage des produits animaux. “Ce serait le chaos” commente François Guibert, secrétaire général de l’association professionnelle des fabricants de composés pour l’alimentation animale. Les professionnels s’attellent pour l’heure à la mise en place de la nouvelle réglementation qui impose pour la première fois l’étiquetage des OGM pour les aliments du bétail. “Ca ne changera pas grand-chose” estime Pierre merlot, directeur de Syncopac (Fédération nationale de Production de l’Alimentation Coopérative animale). Sur recommandation de la DGCCRF, soutenue par certains professionnels, la mention “Susceptible de contenir des OGM” figure, le cas échéant, sur les sacs d’aliments depuis 2002. Inscrire à la place “contient des OGM” n’apparaît donc pas comme une évolution majeure. Comme pour les industriels de l’alimentation humaine, les fabricants d’aliments du bétail sont soumis au fameux seuil de 0,9% et ne pourront plus se contenter du “PCR négatif” en raison des impératifs de traçabilité. Ce qui risque de compliquer tout de même un peu le travail des professionnels engagés dans des filières non-OGM. Actuellement la question se pose uniquement pour le soja, qui doit être importé faute de production locale. Les principaux pays exportateurs, à savoir l’Argentine et les Etats-unis, produisent en grande majorité du soja génétiquement modifié. Celui-ci représente donc quelque 70% des importations françaises. Le soja tracé depuis la production, représente environ 10%.
“S”il y a une crise, tout le monde sera bien obligé de venir au non OGM”
La question se pose donc sur le devenir des 20%, qui étaient jusque-là soumises à test PCR. À ce jour, les filières tracées,mises en place par les importateurs Soulès Caf et Bunge, sont principalement destinées aux filières des distributeurs Carrefour.
Tous deux reconnaissent avoir été contactés par d’autres opérateurs intéressés par ces filières tracées. Le système est désormais bien rôdé et concerne presque exclusivement l’origine Brésil. Même si ce pays a donné l’an dernier une autorisation provisoire à la culture de soja OGM, près de 80% du soja reste conventionnel. Il faut dire que le principal port d’exportation, celui de Paranagua, refuse d’exporter des OGM pour des raisons logistiques. Les infrastructures ne permettent pas de séparer les filières. Les Brésiliens ont vite appris le système des certificats “non OGM”, d’autant que cette garantie leur offre une intéressante plus-value. Il n’est donc pas très compliqué de se procurer du non OGM, dont le surcoût est relativement modéré, inférieur à 5%. “Si la demande augmente, nous pourrons fournir” explique-t-on chez Bunge. Même écho chez Soulès Caf qui fournit déjà 25.000 tonnes de non-OGM par semaine uniquement sur le marché français. La perspective d’une montée en puissance du non-OGM dans l’alimentation animale ne provoque donc pas de panique chez les opérateurs. “Si on se donne les moyens de mettre en œuvre la logistique nécessaire, il n’y aura pas de problème” estime Guillaume Renaud, directeur de Soulès Caf, pas mécontent d’avoir été précurseur de cette filière d’élite. “De toute façon, s’il y a une crise alimentaire, tout le monde sera bien obligé d’y venir” prévoit-il.
En Haute-Saône
Du côté d’Interval, ou bien encore de Codeval, les exigences des agriculteurs viennent des cahiers des charges dans lesquels ils se sont engagés.
Aussi, les fabricants travaillent avec des matières premières dont le PCR est négatif, inférieur à 0,9%, et qui répondent au cahier des charges de leurs clients : producteurs de lait à comté, démarche montbéliarde qualité, etc...
Par rapport à la nouvelle législation sur l’étiquetage des aliments, les fabricants s’y plient.
Pour Codeval s’engager dans l’achat de soja sans OGM ou tracé, signifie faire le jeu de Carrefour qui a le quasi-monopole du marché. Mais c’est aussi faire grimper le prix des aliments du bétail vers le haut. Et actuellement, les prix du soja s’envolent. S’il est tracé, le prix est d’autant plus élevé !
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