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Actualité du 26 mars 2004

Congrès FNSEA

L'occasion de refonder le syndicalisme agricole
Jean-Michel Lemétayer entend faire de ce congrès, le congrès de la refondation syndicale, et notamment l’occasion de clarifier les relations entre le syndicalisme et la politique. Pour autant, les sujets d’actualité, la mise en œuvre de la réforme de la Pac et l’élargissement de l’Union européenne, les négociations de l’OMC, la loi de modernisation en préparation ne seront pas relégués au second plan.

- La FNSEA tient cette année son congrès au Grand Bornand en Haute-Savoie. Pourquoi ce choix ?
JM Lemétayer : Chaque congrès est l’occasion pour les délégués de découvrir une région différente et la diversité de notre agriculture. Alors que la loi sur la ruralité est en discussion au Parlement, c’est une bonne occasion de se "poser" au cœur de la ruralité et d’exprimer un signe fort vis-à-vis de la montagne.

- Quel est le thème de ce congrès ?
JML : Nous avons décidé de réfléchir à l’avenir de notre syndicalisme et de le positionner sur sa place dans la société. Avons-nous besoin d’un syndicalisme de masse ou de lobbying, ou existe-t-il une troisième voie ? Quel est le rôle des corps intermédiaires dans une démocratie moderne ? Le syndicalisme est-il seulement un contre-pouvoir ou un partenaire économique ? Quid des relations entre la FNSEA avec les autres organisations agricoles et la politique. Y a-t-il d’autres formes d’influence que celles que nous pratiquons actuellement ?
Ces questions nous les avons posées à nos fédérations, à nos associations spécialisées. Elles nous ont fait remonter leurs remarques et réflexions. Nous avons aussi demandé à François Chérèque pour la CFDT, Jacques Voisin pour la CFTC, Jean-Luc Cazettes pour la CFE-CGC et Jean-François Roubaud pour la CGPME de faire état de leurs réflexions en la matière.
Le débat est loin d’être clos : il se déroulera en séance publique au congrès et peut-être même au-delà sur des sujets aussi sensibles que le pluralisme syndical, le financement du syndicalisme, la compatibilité entre les mandats syndical et politique, ainsi que l’engagement du syndicalisme dans l’économie. Pour ma part, je suis favorable à un élargissement de l’incompatibilité des mandats politiques et syndicaux. Aujourd’hui, seuls les mandats de parlementaires sont incompatibles avec le statut d’administrateur de la FNSEA. Cette incompatibilité devrait concerner aussi le mandat de conseiller régional. En revanche pour les mandats locaux au conseil municipal ou au conseil général, l’engagement des responsables agricoles doit être encouragé. En tout cas le congrès tranchera.
Distorsions de concurrence

- Les relations avec la grande distribution restent toujours conflictuelles. Pour mettre un terme à cette situation, ne serait-il pas souhaitable d’aller plus loin, vers une réforme du droit de la concurrence ?
JML : Notre combat pour la transparence des pratiques commerciales est un vrai combat. Aujourd’hui les faits nous donnent raison puisque 400 procédures d’infraction ont été engagées contre les grandes surfaces pour non-respect des lois Galland et Nouvelles Régulations économiques.
Le combat que nous avons mené contre les marges arrière est le bon. Malgré l’accord passé entre les industries agroalimentaires et les distributeurs, ces marges n’ont pas diminué, elles ont même continué à augmenter. Il faut reconnaître que la circulaire Dutreil n’a pas apporté les réponses adéquates à ce problème. Faut-il aller plus loin, y compris sur le plan législatif, pour réformer le droit de la concurrence ? Je n’ai pas de réponse définitive à ce stade.
Ce que je souhaite par-dessus tout, c’est que dans les différentes filières, chaque maillon gagne sa vie, ait sa part de valeur ajoutée pour vivre, investir et innover. On ne peut laisser capter cette valeur ajoutée par la seule grande distribution et laisser sombrer la production. On ne peut laisser perdurer la situation actuelle en laissant les fournisseurs sous la pression permanente des distributeurs.
En ce qui nous concerne, nous avons ouvert le chantier du Pac 40. Il n’est pas question de relâcher les efforts. L’objectif est de disposer d’un panel de prix pour défendre nos positions dans les relations avec la grande distribution et faire valoir notre point de vue.

- On assiste actuellement à une mise en œuvre de la Pac à la carte dans l’Union européenne. N’y a-t-il pas un risque de distorsions de concurrence ?
JML : Tous nos partenaires mesurent aujourd’hui la complexité de la mise en place de la réforme de la politique agricole commune, qu’il s’agisse des droits à produire, de la conditionnalité des aides, des transferts… Souvent ce sont les solutions les plus complexes qui prévalent, au détriment des agriculteurs.
En ce qui me concerne, je suis très inquiet des distorsions de concurrence qui ne manqueront pas d’apparaître entre les pays qui ont retenu le découplage total et ceux qui ont choisi le recouplage partiel, entre ceux qui ont adopté la régionalisation des aides et les autres. Je pense notamment aux producteurs de légumes et de pomme de terre qui ont des raisons d’être vigilants.
En France, nous devons trouver des réponses explicites à la gestion des droits si nous voulons poursuivre l’installation des jeunes et apporter un appui aux exploitations les plus modestes. Je ne pense pas qu’il faille rentrer dans une logique du tout marché pour préserver une agriculture à dimension humaine. C’est pourquoi nous avons à définir des règles du jeu claires dans la gestion des aides.
Le test de la loi de modernisation

- Les négociations de l’OMC sont, semble-t-il, reparties. Ne risque-t-on pas de parvenir à un accord sur le dos des agriculteurs ?
JML : Ce n’est pas parce qu’il y a eu un échec à Cancun que les discussions ont été interrompues. Nous devons être vigilants. Il ne faut pas non plus ignorer l’existence de discussions bilatérales entre l’Europe et les pays méditerranéens et le Mercosur. Il faut faire attention à ce que notre bagarre sur la limitation de l’accès au marché dans le cadre de l’OMC ne soit pas complètement remise en cause par des accords bilatéraux que nous signerions avec les pays méditerranéens et le Mercosur. J’ai mis en garde Pascal Lamy que j’ai rencontré au Salon de l’Agriculture sur les effets négatifs des importations qui pèsent sur les prix en Europe et qui risquent de faire disparaître des pans entiers de
l’agriculture européenne.

- Après la réforme de la Pac et l’accueil mitigé de Jacques Chirac et de Jean-Pierre Raffarin au salon de l’Agriculture, n’avez-vous n’avez pas le sentiment que les pouvoirs publics lâchent l’agriculture ?
JML : La réponse viendra de la loi de modernisation. Le Gouvernement doit donner un signe fort à cette occasion d’ici la fin de l’année en terme de statut de l’entreprise
agricole, d’abaissement des charges, d’appui aux filières, de financement des exploitations agricoles. Si nous voulons une agriculture plus forte, présente sur le territoire, créatrice d’emplois, nous avons besoin d’un vrai plan d’accompagnement. Si nous, agriculteurs, nous sommes prêts à prendre nos responsabilités, nous devons aussi compter sur l’engagement du gouvernement. Chacun à sa place,
chacun dans son rôle, doit
travailler à faire en sorte qu’au nom de l’histoire et de l’avenir, l’agriculture soit un secteur vivant de dynamique.

- Quel bilan tirez-vous du Salon de l’Agriculture ?
JML : Je me réjouis de l’attrait qu’il exerce de plus en plus sur le grand public. Il est, tous les ans, une occasion forte de faire le point des relations entre les consommateurs et les agriculteurs et leur engagement dans les filières qualité. Et puis il faut
souligner le succès du grand rassemblement du 1er mars qui a réuni plus de 5.000 agriculteurs : il fut un moment fort pour les mobiliser et redonner espoir à des campagnes dont le moral n’est pas au beau fixe.

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