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Actualité du 27 février 2004

Fertilisation

 

Engrais de ferme : mode d’emploi
Les exploitations de polyculture élevage, qui dominent le paysage agricole régional, sont souvent en excèdent structurel de fumure. Les clés pour bien valoriser cette manne dans le respect de l’environnement.

Bien valoriser les déjections animales, en limitant le risque d’un lessivage des éléments nutritifs vers les nappes phréatiques ou les cours d’eau, passe avant tout par la précision des apports. Ainsi, explique Claude Lyautey, en charge des plans d’épandage à la Chambre d’agriculture de Haute-Saône "Pour gérer, il faut d’abord mesurer. Bien souvent on ne sait pas précisément ce que l’on fait en matière d’épandage, à cause de l’idée trop approximative qu’on a des quantités produites sur l’exploitation et épandues. La densité du fumier d’étable, par exemple, est très variable : selon s’il est frais ou s’il a passé plusieurs mois en bout de champs, un épandeur de 12 m3 contiendra cinq tonnes ou bien huit !" La seule solution pour gagner en précision : "il faut peser les outils de travail de temps en temps !".

Peser l’épandeur

L'épandages d’engrais (quantité, lieu et date) est désormais une obligation réglementaire pour les exploitations de plus de 40 UGB. Avoir une idée précise de la charge de l’épandeur permettra donc de satisfaire au mieux à cette obligation, mais aussi de se constituer un référentiel, le plus proche possible de la réalité.
Autre aspect important à prendre en compte dans cette recherche de la précision, la valeur fertilisante de ces déjections, donnée par des analyses en laboratoire. "Ce sont des valeurs spécifiques à chaque structure, qui dépendent du système d’exploitation, de la conduite de l’alimentation, du mode de stockage des effluents… Pour un effluent solide, cela peut varier du simple au triple ! Pour un effluent liquide, de 1 à 10. L’important, c’est aussi de raisonner le moment de l’analyse en fonction des stocks et des habitudes d’épandage, car ces valeurs fertilisantes varient au cours du temps. Il faut donc choisir une période représentative", selon Claude Lyautey.

Répondre aux besoins des plantes

L’autre paramètre déterminant pour qu’un épandage des fumiers, lisier, purin ou compost soit bien valorisé et respecte les ressources en eau, c’est la notion de disponibilité pour les plantes. En résumé, il faut tenter de faire coïncider au maximum cette disponibilité avec les besoins de la culture ou de la prairie en place, tout en tenant compte de la nature du sol. Un sol sableux ou superficiel, tel qu’on le trouve sur les plateaux (même argileux) aura une capacité de rétention des éléments minéraux beaucoup plus réduite qu’un argilo-limoneux profond. "On a une stratégie d’adéquation entre les parcelles d’épandage et le système de culture : sous forme liquide, les effluents apportent des éléments rapidement disponibles, assimilables aussitôt par les plantes. Mais cela signifie aussi plus facilement lessivables, car la forme disponible, c’est aussi la forme lessivable" poursuit Claude Lyautey. En revanche, les formes solides, encore non minéralisées, évolueront plus lentement sous l’influence des organismes vivants du sol (bactéries, larves, vers…), en fonction de la météorologie. "Quel que soit le système de culture, ça se réfléchit. Un colza implanté en août aura la capacité de pomper à l’automne les éléments nutritifs du sol. Dans le cas extrême de monoculture de maïs avec un élevage hors sol, on a la possibilité d’implanter une culture intermédiaire comme un ray-grass, qui sera ensilé au printemps ou encore enfoui comme engrais vert".

La prairie, un écosystème réactif

En fin de compte, la prairie est la voie la plus adaptée à la valorisation des engrais de ferme. "C’est un couvert permanent, avec une flore vivace, comme les graminées, qui sont susceptibles d’utiliser la fumure du sol presque toute l’année, en dehors des périodes de gel. C’est le cas ce mois de février relativement clément, on voit des prairies qui reverdissent" observe le technicien. Cette valorisation débute donc tôt au printemps et se prolonge tard à l’automne. "La meilleure capacité des prairies à optimiser les apports d’effluents vient de la richesse et de la diversité de la flore et de la microflore de ces sols".
Mais la prairie est un véritable écosystème, capable de réagir aux pratiques de fertilisation : "Dans notre région, dominée largement par les systèmes de polyculture élevages, beaucoup d’exploitations sont en situation d’excédent structurel de fumure organique. En zone de montagne, les conditions de relief, d’accessibilité conduisent les agriculteurs à concentrer les apports de fumure sur une partie de la surface. Il y a un risque de sur-fertilisation, et de modification importante de la flore, avec l’apparition de plantes indésirables, tel le rumex" analyse Claude Lyautey. "Mais sur le terrain il y a eu une vraie prise de conscience. Depuis une dizaine d’années on est passé d’une logique d’épandage de 50 tonnes / ha de fumier frais pour s’en débarrasser à une logique de valorisation, avec l’émergence de pratiques comme le compostage. Certains agriculteurs s’intéressent à l’écologie de la prairie et deviennent de fins observateurs de l’évolution de la flore. En quelques années on peut observer l’évolution des populations de trèfles blancs, avec en arrière-plan une meilleure valeur alimentaire du fourrage. Mais aussi davantage d’appétence, plus de régularité dans la pousse…"
Témoin de ce regain d’intérêt pour une fertilisation plus précise des prairies, le succès de formations sur ce thème, et notamment à travers l’observation et diagnostic de la flore des prairies. "La flore a sa raison d’être, y compris les plantes qualifiées à tort de mauvaises herbes, insiste Philippe Passard, de la Chambre d’Agriculture de Haute-Saône. La flore, elle reflète la qualité des sols et de leur mode d’utilisation. Apprendre à déterminer les espèces présentes permet de lire la prairie, de l’interpréter".

Alexandre Coronel

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