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Actualité du 20 février 2004

Colza

 

Gérer les mécanismes de tolérance au phoma
La maîtrise du phoma du colza par la voie génétique semble montrer ses limites depuis quelques années. Le Cétiom recherche les conditions d’une gestion durable de la maladie, associant résistances polygéniques, conduite des cultures et lutte chimique.

Le phoma sur le colza est un problème récurrent en France : les phases où maladie se fait très discrète coïncident avec la mise sur le marché de variété tolérante, et alternent avec des périodes de forte pression qui remettent en cause ces tolérances. Si l’on s’intéresse à la pression de cette maladie cryptogamique en culture, on observe que la tolérance acquise au début des années 70 grâce aux variétés Major et Ramsès a été perdue temporairement avec la conversion "0", puis retrouvée avec la mise en culture de Jet Neuf en 1977, et reperdue lors de la conversion "00". L’explication ? "La plupart des variétés cultivées doivent leur bon comportement à la présence d’un (ou plusieurs) gène(s) de résistance spécifique, qui est contourné par le champignon après trois à quatre années de mise en culture" expliquait
F. Lagarde, ingénieur Cétiom, lors des rencontres annuelles en novembre dernier. L’observation du comportement de variétés telles que FalconMX et EurolMX, auxquelles le gène de tolérance Rlm6 a été introduit, illustre bien le phénomène (voir graphique). En à peine trois ou quatre ans, la tolérance est contournée totalement et les résultats sont identiques à ceux des variétés de référence Falcon et Eurol. "La faible diversité des gènes utilisés dans les mécanismes de résistance concourt à une adaptation rapide du champignon, note le spécialiste. Du coup, la caractérisation du comportement des variétés au phoma devient difficile pour du conseil en culture". Des éléments conjoncturels concourent aussi à cette précarité de la tolérance variétale. Dans le collimateur, le développement de pratiques à risques, tels le non-labour qui progresse depuis 1992 dans les grandes régions à colza : les blés de colza abritent à l’automne de grandes quantités d’inoculum, et l’hypocotyle du colza est fragilisé par le mulch de paille. Autre pratique à risque, la tendance à réaliser des semis de plus en plus précoces. Les gros colzas obtenus sont plus sensibles aux gelées et donc à la pénétration du champignon.

Une gestion durable est nécessaire

"Pour gérer durablement le phoma en culture, il faut donc combiner plusieurs facteurs clés : d’une part une sélection variétale plus stable à moyen terme vis-à-vis du phoma, d’autre part une gestion agronomique de la maladie pour en réduire la pression en culture, et enfin en dernier recours la protection chimique dans les situations les plus à risque" préconise l’ingénieur du Cétiom. Pour ce qui est du premier point, le spécialiste a préconisé de privilégier des résistances partielles mais associant un grand nombre de gènes, plus stables dans le temps que les résistances spécifiques (monogéniques). Du côté agronomique, la balle est dans le camp des cultivateurs. "Cela passe d’abord par le choix d’une variété adaptée à la parcelle, qui prenne en compte le phoma parmi les critères retenus. Ensuite, le choix d’une date de semis optimale vis-à-vis de la maladie, selon la situation de culture (conditions poussantes ou non). Dans les situations de non-labour, il faut impérativement limiter l’effet mulch à l’implantation du colza, en réduisant les pailles de céréales. Enfin, dans les régions très concernées par la maladie, la protection chimique doit être raisonnée selon une grille de décision qui permet d’évaluer le risque". Cette gestion durable doit également, pour être véritablement efficace, être gérée collectivement, et ce à tous les niveaux. En amont à travers les choix stratégiques de la sélection variétale, définis par les semenciers, le CTPS, le Cetiom, les OS. Sur le terrain aussi, à l’échelle des micro-régions, afin de diminuer la pression de l’inoculum en jouant sur la gestion des pailles de colza, aussi bien que sur l’alternance variétale pour conserver les résistances le plus longtemps possible. Toutes ces propositions rencontrent de nombreux obstacles. Sur le fond tout d’abord, puisqu’on ignore encore l’impact réel de l’alternance sur la durabilité des résistances spécifique, et qu’il est délicat de définir l’unité géographique de travail (exploitation, groupe de parcelles…). À cela il faut ajouter la prépondérance du critère productivité dans le choix variétal, la concurrence sur le terrain, et l’utilisation importante de semences de ferme… Malgré tout, des propositions émergent, telle la volonté de communiquer directement aux producteurs les résultats phoma des variétés, et l’adaptation de la gamme variétale proposée à la vente, assortie d’une information spécifique sur les enjeux du phoma.

Alexandre Coronel

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