• Un ancien président de la FNSEA vient d’être mis en examen, comment réagit le président d’aujourd’hui ?
D’abord, j’apporte tout mon soutien à Luc Guyau. C’est un homme honnête et dévoué pour défendre la profession agricole, je n’accepte pas qu’on dise qu’il a détourné de l’argent. Ensuite, il faut laisser faire la justice et ne pas juger les personnes avant l’heure.
• Ce qui est en cause, ce sont des sommes prélevées pour Unigrains et reversées à des organisations d’élevage dont une partie a été reversée à la FNSEA ?
La question posée est celle de la solidarité entre les céréaliers et les éleveurs. On doit être fier de l’engagement des céréaliers à l’égard du monde de l’élevage. Tout se faisait en toute transparence avec la tutelle des ministres. Tout se faisait dans le FSCE, le Fonds de solidarité céréaliers-éleveurs, où sont présents les représentants des ministres de tutelle. Les choses sont simples. Je suis pour que la justice fasse son travail. S’il y a eu irrégularité c’est à la justice de le dire. Mais je veux croire à l’honnêteté des dirigeants qui m’ont précédé. Et je ne laisserai pas salir la FNSEA.
• Vous dites que les ministres vous avaient donné leur accord. Cela veut-il dire que le juge devrait les entendre ?
Laissons le juge faire son travail. Mais il apparaîtrait normal qu’il entende les ministres et les services compétents pour éclairer sa lanterne. En effet, tout ce fonctionnement a été cogéré par les responsables d’Unigrains et les responsables des pouvoirs publics. Si les ministres n’avaient pas donné leur caution, les choses ne se seraient pas faites. Je n’imagine pas un seul instant que les responsables d’Unigrains et le receveur des fonds pouvaient décider comme cela de faire un chèque sans aucune caution des autorités de tutelles. D’ailleurs, quand la Cour des comptes a fait son rapport, elle n’a pas saisi le juge. Mais nous avons tenu compte de ses observations.
• N’aurait-il pas été normal d’inclure le pluralisme syndical dans les comités de gestion des organismes du type Unigrains puisqu’ils sont financés par des taxes prélevées sur tous les agriculteurs ?
Personne n’a demandé, après le rapport de la Cour des comptes, ni parlé de faire entrer les minoritaires dans le conseil d’administration d’Unigrains. Je suis pour le pluralisme quand il s’agit de faire valoir des avis différents auprès des pouvoirs publics. Mais une interprofession est une association de droit privé reconnue par les pouvoirs publics. Il faut noter d’ailleurs que ce sont les associations spécialisées qui siègent dans les interprofessions mais pas directement la FNSEA. Quand on est dans un fonctionnement de statut privé c’est que des professionnels ont décidé de faire ensemble un certain nombre de choses. Dans Unigrains, qui est un organisme privé, il n’était pas prévu dans les statuts de faire intervenir le pluralisme syndical. On n’est pas dans une interprofession comme on est dans un office où on donne l’avis de ceux que nous représentons tandis que les pouvoirs publics décident.
• Mais aujourd’hui que le pluralisme syndical est reconnu, ne faudrait-il pas faire évoluer ces organismes? Ou encore, prévoir une présence pluraliste au sein des nouveaux organismes comme lnaporc et Intercéréales.
Il faut laisser à ceux qui ont mis en place les structures le soin de les gérer. On est en train d’oublier qui a fait quoi depuis le siècle passé ! Il y a aujourd’hui des gens qui revendiquent d’être dans des interprofessions et qui n’ont pas fait grand chose pour y être hier. Pour être dans une interprofession il faut y croire. Il faut avoir envie d’accepter de prendre des décisions en commun avec d’autres partenaires. Quant à Inaporc et Intercéréales, ces interprofessions ont été agréées au Conseil supérieur d’orientation. Tout le monde, y compris les salariés et consommateurs, a voté favorablement hormis les deux syndicats minoritaires. Je suis choqué, d’ailleurs, par les attaques qui viennent des deux autres syndicats concurrents. S’il y a des agriculteurs qui pensent qu’ils rendront service à la profession en dénonçant le principe des cotisations obligatoires, à eux d’en prendre la responsabilité. Je suis sûr que les agriculteurs sanctionneront ceux qui divisent le monde paysan.
• En ce qui concerne le conflit sur le prix du lait, croyez-vous à un accord possible entre producteurs de lait et transformateurs ?
Il faut que les différents acteurs prennent leur responsabilité. Je demande aux transformateurs de revoir leurs propositions de prix pour revenir à des niveaux plus raisonnables. Et surtout, ne pas imposer des baisses de prix pour, dès le lendemain, les concéder à la distribution. Je trouve dommage que la première réponse des transformateurs soit de dire on baisse les prix de manière radicale et après on va gérer les choses. Ce que je dis vaut autant pour les coopératives que pour les industriels privés. On trouve des positions similaires dans les coop et les privés et c’est regrettable de la part des coopératives. Il faudrait un vrai débat avec celle-ci.
• Une baisse des prix est-elle inéluctable ?
Bien sûr il faudra gérer les baisses. On est dans une nouvelle politique laitière issue de la réforme de Berlin et aggravée à Luxembourg.
La FNPL avait fait des propositions courageuses en séparant les produits industriels des produits de grande consommation et nous avons fait des propositions dans le cadre de la réunion du 10 février. En tout cas, j’apporte tout mon soutien aux actions actuellement en cours des producteurs de lait.