Trois hommes d’un pas décidé se dirigent vers Prouesse (Napolitain sur Bois Levin), du gaec de Beaumont à Verel-de-Montbel (Savoie) et la désignent comme grande championne du show Umotest 2004. Les tribunes de la halle de Micropolis-Besançon sont bondées ; la salle croule sous les applaudissements et les sifflets d’un public plus qu’appréciateur. «Aujourd’hui, Prouesse mérite bien son nom», lance Fabrice Renaudin, éleveur en Ille-et-Villaine et membre du syndicat des éleveurs montbéliards départemental — «un des pionniers de la montbéliarde dans son secteur», note Michel Tissier, le directeur d’Umotest.
«Aujourd’hui, Prouesse est sacrée grande championne car elle est arrivée au top, le jour J, au top, à l’heure H», poursuit l’expert.
Digne représentante de Napolitain, Prouesse est présentée par Guillaume Chapart, technicien du Massif Central, comme étant la meilleure génisse de l’élevage de M. Bellemin. «Elle a produit 8.868 kg de lait en
première lactation et engagée sa deuxième lactation à plus de
35 kg». Dans son pedigree, on trouve également Bois Levin et Urtica. «Ce qui fait de Prouesse, une ambassadrice de la génétique montbéliarde moderne. Elle résume bien la faculté de Napolitain de fabriquer des vaches de show». Le corps, le style, le bassin, la mamelle. «Les juges et les connaisseurs se régalent devant ce style de vaches». De son coté, Hilliard Dent, venant du nord-est de l’Angleterre, a retenu chez Prouesse un corps excellent, une très bonne profondeur de flanc, de très bonnes attaches avant et arrière. «La montbéliarde par excellence».
Au delà de l’enthousiasme, Guillaume Chapart en profite pour glisser quelques derniers conseils : «Napolitain est mort l‘été dernier. Je vous invite fortement à l’utiliser dans vos exploitations tant qu’il en est possible. Je vous conseille d’accoupler Napolitain sur des vaches, filles de Gamor, Gardian, Galiset, Genova, Induvi, Isangrin et Joblandin».
«Sensibles à la morphologie»
Prouesse s’est démarquée de ses consœurs. Tout d’abord de Riviera (Ibidem sur Cerneux) du gaec de la Seillette de Saint-Paul de Varax (Ain) retenue en tant que réserve par les juges — Fabrice Renaudin et Hilliard Dent, mais aussi Josef Kucera, directeur de la fédération pie rouge tchèque, une république où la montbéliarde a connu un bon développement, ces dernières années. Riviera affiche une morphologie de qualité. «Si sa taille est normale elle a une excellente profondeur de corps», note Pascal Quignard, technicien à coop’Evolia «Elle a encore un bassin remarquable et une bonne mamelle». «Nous, Bretons, sommes sensibles à la morphologie», précise Fabrice Renaudin. «C’est une très belle vache avec une mamelle de peu de volume». On notera chez les filles d’Ibidem une attache arrière très marquée avec une orientation optimale des trayons. «Ils sont plutôt longs et fins ce qui ne gêne pas la vitesse de traite», explique Pascal Quignard.
Prouesse s’est encore démarquée de Pâquerette (Nitrate sur Canari) . «Cette vache a une qualité de corps exceptionnel et une bonne conservation de la mamelle vu son nombre de lactations», note Fabrice Renaudin.
Paillotte (Nathan sur Farouche), à son tour a été retenue par le juge tchèque. «Elle est longue et profonde. Elle a une bonne mixité. Sa mamelle est de qualité et on notera l’absence de volume et son très bon ligament». Une mamelle qui est un des points forts de Nathan. «Nathan qui est la démonstration d’une politique vivante et d’une nouvelle offre d’un nombre croissant de taureaux testés pour répondre à la sélection laitière», signale Antoine Rimbaud, chargé du schéma de sélection à la CEIA. «Malgré un index atypique, Nathan laisse une morphologie exceptionnelle et a un index de fonctionnalité remarquable. Si la production n’est pas son point fort, la morphologie l’est par contre».
«Du style, du type, du cachet»
Parade (Nikklas sur Bois Levin) est également sortie de son lot. «Une vache dont la qualité du corps est exceptionnelle avec une profondeur de flanc et une mamelle de bonne qualité», avance Fabrice Renaudin. «C’est la vache la plus mature», estime de son côté François Thomas, technicien génétique à la coopérative de Haute-Saône lors de la présentation de la descendance de Nikklas. «Nikklas, de la famille de Rhum qui a failli disparaître et qui est devenue incontournable, est le dernier fils d’Electro remis en service». C’est aussi un taureau dont le montage est original. «Il comprend six pères à taureaux en un faible intervalle de générations et n’ayant ni Bois Levin, ni Verglas comme arrière grand-père ; ce qui n’est pas commun».
Province (Nikos sur Bistro) a été saluée par le juge britannique. «Cette vache très ronde et très forte a un très bon corps». «Elle est tout à fait représentative d’un des points forts de Nikos, à savoir son aptitude bouchère», précise Willy Quiron, technicien du Cear.
Princesse (Negociar sur Bistro), outre son cachet, a des qualités indéniables en mamelle. «Elle est fonctionnelle et bien irriguée», constate Loïc Clermidy, technicien de la coop de l’Ain. Après une longue discussion, les trois juges se sont décidés pour cette vache. «Elle a du style, du type, du cachet», explique le juge tchèque. «Son élégance et son caractère laitier nous l’ont fait choisir au détriment de Pêche (Negociar sur Bois Levin). Elle représente bien la montbéliarde».
Vision commune sur l’avenir de la montbéliarde
Surdoué (Joblandin sur Malabar) affiche une production remarquable et illustre une descendance particulièrement attendues. «Joblandin est un des taureaux parmi les plus utilisés ces trois dernières années», annonce François Thomas. «Il possède un potentiel équilibré et des qualités remarquables. De l’avis des éleveurs, il donne satisfaction et est conforme à leurs attentes». Parmi les autres points forts, on notera une mamelle solide et fonctionnelle.
Sangria (Jorquin sur Gel), quant à elle, est une vache très longue, solide dans ses appuis et possédant une très bonne mamelle
On notera aussi la participation fugace de Panoplie (Nucleon sur Cantadou). Au caractère bien trempé, elle n’a pas daigné rester sur scène. Dommage car «elle a beaucoup de type», lance Antoine Rimbaud «très laitier avec d’excellents aplombs et une mamelle exceptionnelle dans sa structure et son support».
Pistache (Genest sur Cerneux) Pomme (Foucray sur Bois Levin et Rabanita (Hauguel sur Eternel), issues du catalogue Umotest complètent la gamme des bonnes vaches retenues pour un dernier tour de piste. «Un moment fort car si ce n’est ni du Dior, ni du Gucci, c’est la collection été-hiver d’Umotest», annonce Gilles Mervant.
“Vos choix se portent sur des taureaux assez laitiers ; donc, nous avons la même vision de la montbéliarde. Ensemble, nous débattons de l’avenir de la race ; ensemble, nous travaillons pour la plus grande fiabilité possible qu’Umotest garantit avec ses cent trente taureaux travaillés par douze coopératives et fabriqués pour une cinquantaine de département”.
Dominique Gouhenant