À l’initiative d’Etienne Virot, Président , et de Christian Marconot, responsable "Structures", les Jeunes Agriculteurs de Haute Saône avaient décidé, ce mardi, de "mettre un coup de projecteur" sur la problématique Ligne à Grande Vitesse ( LGV ) dans le canton d’Héricourt.
Signalons que ce canton, où environ dix installations seulement sont prévues dans les prochaines années, cumule les handicaps, puisqu’il se situe en zone périurbaine, mais également en limite du Doubs et du Territoire de Belfort, ce qui ne facilite pas la réalisation des projets agricoles.
Conseiller général, membres de CCS, représentants syndicaux du secteur, directeur de la Safer, tous étaient donc conviés à se rendre sur deux exploitations, pour mieux se rendre compte de l’impact des grands travaux à venir.
À Chavanne, les associés du Gaec du Prè au clair, Jean François et Alain Mathis, sont producteurs de lait à Emmental Grand Cru.
Leur exploitation fonctionne sur la base d’un système extensif, consacré essentiellement à l’herbe.
Au fur et à mesure des années, par le biais d’échanges, les deux associés, soucieux d’éliminer la gêne causée par le passage régulier des cinquante vaches laitières dans le village, ont pu regrouper un maximum de parcelles derrière leurs bâtiments d’élevage ; des travaux de drainage ont été effectués, des chemins ont été réalisés par la commune et les exploitants eux même.
C’est donc tout un réaménagement parcellaire qui aujourd’hui est mis à mal par le passage du TGV à proximité du siège de l’exploitation, comme des maisons du village d’ailleurs.
Au-delà de la perte d’environ 7 hectares, c’est la remise en cause de tout un système, de conditions de travail améliorées au fil du temps qui va pénaliser les agriculteurs.
Ceux-ci se battent depuis le début pour "limiter les dégâts", mais leurs propositions, même si elles sont techniquement réalisables se heurtent souvent … aux intérêts financiers de leurs interlocuteurs !
Quant à la perte de surfaces, elle est particulièrement mal venue quand on sait que le fils de Jean-François Mathis projette de s’installer au sein du Gaec dans les années à venir…
Au Gaec de la Baume à Villers sur Saulnot, Jean-Pierre et Hervé Robert, père et fils en Gaec depuis 1994 ont réalisé récemment des investissements importants : bâtiment, mise aux normes, fumière couverte, …
Avec les travaux du TGV, 4 îlots de culture vont être coupés, les plus proches de l’exploitation, qui servent de pâturage aux bovins.
Aujourd’hui, les membres du Gaec Robert demandent le rétablissement d’îlots proches de leur siège d’exploitation, et un remembrement intercommunal.
On aborde là le cœur du problème : pour chaque structure agricole touchée par le TGV se pose la question de la compensation des surfaces perdues.
Dans cet objectif, la mise en réserve du foncier se révèle indispensable.
À ce jour, en Haute Saône, Réseau Ferré de France ( RFF ) a accepté la prise en charge des frais de stockage de 45 hectares ; 45 hectares supplémentaires vont être prochainement présentés à RFF par la Safer, chargée de mener les négociations à chaque libération de terres dans la "zone TGV".
Ces surfaces mises en réserve sont localisées sur les cantons de Montbozon, Villersexel, et bientôt Rioz.
Dans le canton d’Héricourt, la volonté de pratiquer le stockage n’est actuellement pas clairement exprimée.
Il est vrai qu’il y a parfois concurrence directe entre le stockage des terres et un projet d’installation : des décisions difficiles sont alors à prendre, pour trouver "la meilleure solution réalisable", comme le soulignait le directeur de la Safer.
Jean-Pierre Michel, conseiller général du secteur, incitait chacun, dans ses prises de positions, à privilégier l’intérêt général et appelait de ses vœux un consensus au sein de la profession agricole.
"Jouer collectif", c’est également ce que propose le Président des JA, en invitant les agriculteurs du secteur à agir ensemble pour peser sur l’évolution du dossier, notamment en s’investissant au niveau des CCS et des Commissions communales d’aménagement foncier ; ces dernières auront la lourde charge de décider des remembrements, projets qui soulèvent encore de nombreuses réticences …
Christian Marconot insistait quant à lui sur les attentes vis-à-vis de RFF : financements significatifs et mise en application des engagements, en particulier concernant le stockage des surfaces porteuses de bâtiments.
Un dossier majeur pour l’agriculture et les agriculteurs de toute une partie de notre département où chacun est invité à prendre ses responsabilités et à dépasser la tentation de repli sur ses intérêts personnels.
JA 70