L’impensable est arrivé. La filière laitière si souvent citée en exemple en terme d’organisation et de responsabilisation de ses acteurs est dans la tourmente. L’organisation de la filière laitière est à l’épreuve d’une conjoncture déprimée depuis deux ans et du spectre de la réforme de la PAC qui ne doit s’appliquer pour le secteur laitier qu’en juillet 2004. Très bonne élève cette filière a tout réussi depuis quelques années : une production maîtrisée par des quotas depuis 1984, un accord interprofessionnel signé en 1997 visant à fixer les modalités de fixation du prix du lait, un nombre d’installations de jeunes agriculteurs record et la préservation d’exploitations à taille humaine sans oublier le regroupement dans une même maison des différentes familles professionnelles. La rupture est sans conteste la dénonciation de l’accord de 1997 par les industriels qu’ils soient coopératifs ou privés. Le jugeant “inadapté” dans un contexte économique et politique nouveau, les industriels souhaitaient en septembre “tout remettre à plat”. La proposition de la FNIL (Fédération Nationale des Industriels Laitiers) et de la FNCL (Fédération Nationale des Coopératives Laitières) de baisse du prix du lait à -18E/1000 litres pour le premier trimestre 2004 a surtout réussi à malmener la filière. Unanimement qualifié de “provocation” par les syndicats de producteurs de toutes tendances, l’appel à la mobilisation syndicale ne s’est pas fait attendre. Du côté du ministère de l’Agriculture, l’audit de la filière réclamé par Hervé Gaymard devrait lui être remis le 6 février. Une table ronde ministérielle suivra le 10 février pour tenter de rapprocher des positions… très éloignées.
Echec des négociations entre producteurs et transformateurs
Reste que la dernière réunion de mardi 3 février, entre les producteurs et les transformateurs n’a de nouveau pas abouti. “C’était une réunion de type comptable” juge Henri Brichart Président de la FNPL. Et d’ajouter, les transformateurs “chargent fort la barque et disent toujours la même chose. Selon eux, le prix du lait français doit baisser pour se rapprocher du prix du lait allemand. Mais je pense qu’il faut comparer ce qui est comparable. En France, globalement, la valorisation du lait est plus rémunératrice qu’en Allemagne. Et d’ailleurs, au Danemark le lait est payé plus cher qu’en Allemagne. L’autre raison invoquée par les transformateurs : la dégradation des marchés. Il est vrai qu’en beurre et poudre, les cours s’effondrent mais il existe encore des outils pour limiter la baisse que les pouvoirs publics doivent utiliser rapidement. Enfin, par rapport à la tendance des marchés, nous proposons aux transformateurs de travailler en raisonnant filière. Prenons un exemple, celui du lait de consommation. Il y a 15 à 20 offreurs sur le marché face à cinq centrales d’achat. Si ces offreurs s’accordaient, se regroupaient, ils auraient plus à gagner que de se faire concurrence. Mais là le chemin reste long...”
Alors face à cette dégradation des marchés, les producteurs refusent d’être la variable d’ajustement. “On a des échos venant de la grande distribution qui nous disent que certains transformateurs, compte tenu d’une baisse du prix du lait, baissent leur prix de vente pour conquérir de nouvelles parts de marché. C’est inadmissible. Les producteurs de lait ne sont pas des nantis” insiste Henri Brichart.
Et d’ajouter “je suis convaincu que c’est tous ensemble que nous sauverons la filière. Il faut que les transformateurs reviennent à la table des négociations, pas pour fixer le prix du lait pour un mois seulement mais pour l’année comme en 1997 où finalement tout le monde a tiré des bénéfices du nouveau mode de fixation du prix. Au sein de l’interprofession, nous devons trouver des solutions, des règles pour que chaque protagoniste de la filière tire son épingle du jeu.
Nous ne serons pas la variable d’ajustement des marchés
La FNPL ne cesse de faire des propositions, la transformation elle ne parle que chiffres uniquement. La situation est actuellement bloquée et j’ai peur que cela dure. En conséquence, notre action doit s’inscrire dans la durée. Mais pour le moment nous sommes dans une impasse” explique Henri Brichart.
Dans un tel contexte, le président de la FNPL appelle à la mobilisation. “Lors de la première rencontre du 22 janvier, les transformateurs doutaient de la mobilisation des producteurs. Mais depuis cette date, les producteurs se mobilisent à l’ouest notamment mais à l’Est aussi comme chez vous en Haute-Saône. Nous devons maintenir la pression pour les ramener à la table des négociations et à la raison, c’est fondamental” confie le président de la FNPL.
Pour lui la réunion qui se tiendra prochainement au ministère de l’agriculture, ne va pas permettre de définir un prix du lait mais va peut-être aider au déblocage de la situation... mais rien n’est sûr.
En attendant les propositions des transformateurs sont : une baisse de 10€ pour 1000 litres au 1er trimestre, une baisse de 16€ pour le second trimestre, une baisse de 18€ pour le 3ème trimestre, et une baisse de 20€ pour le quatrième ! Inacceptable.
Les mobilisations se poursuivent donc... y compris en Haute-Saône. Les producteurs de lait refusent de se faire traire comme ils l’ont dit et écrit sur leurs pancartes lors des dernières manifestations.
CD