Si la commission des agricultrices de la FDSEA a pris en charge la promotion du métier en accueillant des classes sur les fermes, en participant à différentes grandes manifestations pour faire déguster lait ou viande, si elle se charge de relever les prix dans les grandes surfaces pour veiller à ce que les produits ne soient pas bradés, les femmes se soucient également du devenir du prix du litre de lait. Râleuses non ! Elles sont pleinement conscientes de la situation car elles suivent aussi les comptes et ont en charge la gestion du ménage. Aussi, la semaine dernière, lors d’une rencontre de la commission, les agricultrices ont fait part de leur sentiment sur la situation laitière. “Étant dans la salle de traite matin et soir, je me pose des questions, et je me demande à quel prix l’entreprise qui collecte notre lait va bien vouloir nous le payer ?”s’interroge l’une d’elles. “Moi, je me demande si on ne se moquerait pas de nous ouvertement. Nous avons eu la visite de l’ARC, qui nous apportait la bonne parole en nous expliquant par a + b qu’il fallait que le prix baisse. On a un peu l’impression qu’on nous enfume” enchaîne une autre prête à s’engager dans une action syndicale si la majorité des producteurs de lait acceptent de dire stop aux transformateurs. “Moi, je constate qu’on nous demande de nous serrer la ceinture, une fois de plus. Mais est ce que les transformateurs et tous ceux qui travaillent notre lait et vivent de notre lait se serrent la ceinture comme nous ? J’en doute.”. Et une autre d’enchaîner “On se demande si on va pouvoir faire face à toutes nos charges et pouvoir tirer un revenu. Il faut qu’en même qu’on vive !” Une dame ajoute, quelque peu écœurée par la situation : “Pour nous, l’année 2003 ce fut un contrôle ONIC et ICHN, de ce fait nous n’avons pas touché les primes dans les délais habituels. De plus, notre dossier est resté bloqué pendant plus de trois mois sans aucune raison. Quant aux mesures agri-environnementales, nous les avons respectées mais le financement qui devait arriver en mai n’est toujours pas là”.
Ne pas se laisser abattre
À cela, une jeune agricultrice répond : “Il faut se battre, l’agriculture a toujours traversé des crises. Mais nous devons changer nos pratiques. Maintenant, chez nous, sur notre exploitation, nous ne sommes plus fidèles à personne. Lorsque nous devons acheter des aliments, ou autres produits nous prenons le temps de contacter différents fournisseurs. Parfois, à produits identiques on a des surprises sur les écarts de prix. En fait, nous fonctionnons telle une entreprise. Pour ce qui est des prix de vente de nos produits, c’est pareil, sauf pour le lait. Comme tout le monde, nous sommes en train de renégocier notre contrat de vente avec notre syndicat. Bien que nous livrions à l’entreprise la plus proche, nous sommes prêts à partir, même si ailleurs on nous fait les mêmes offres de prix. Mais nous devons montrer que nous sommes aussi capables de travailler avec d’autres. Et puis, si le prix baisse de façon inconsidérée et bien nous limiterons les charges une fois de plus ”.
Et une autre d’ajouter “Et pourtant avec la nouvelle réforme de la Pac, les transformateurs laitiers devraient s’inquiéter de savoir s’il y aura encore des personnes qui accepteront de passer semaine et jours fériés à traire des vaches matin et soir pour ne rien gagner et tout juste être reconnu”. Pour une agricultrice qui produit du porc, la situation est comparable à celle du lait. Les prix sont à la baisse, les charges d’alimentation à la hausse, les marges s’amenuisent.
En conclusion les agricultrices sont inquiètes, conscientes de la situation. Toutes voient les jours et les traites se succéder sans pour autant savoir à quel prix le lait va être payé. Malgré ce contexte, toutes aiment leur métier, ont de la passion pour ce qu’elles font mais craignent une nouvelle fois “de se faire avoir” par les laitiers. Certaines, en conservant toutefois leur humour, ont proposé d’épauler leurs représentants à la table des négociations. Et pourquoi pas ?
CD