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Actualité du 16 janvier 2004

Agriculture biologique

 

Jouer la carte de l’environnement
Invité au Legta de Montmorot le 19 décembre dernier à une table ronde avec les acteurs régionaux de l’agriculture biologique, le député Martial Saddier a présenté son rapport et ses propositions pour que la France retrouve son rang : formation, recherche, débouchés… sans oublier la communication.

C’est à la demande du Ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard que le député Martial Saddier a conduit durant six mois un véritable audit de l’agriculture biologique en France : "Cela correspond à une volonté du ministre de relancer cette filière, un engagement qui sera officialisé en janvier." explique l’auteur du rapport paru en juin dernier. Car le constat est alarmant : acteur principal dans les années 70, la France est désormais 13ème sur le plan européen, 25ème mondial pour les surfaces en bio. "Les autres pays, notamment d’Europe du nord, ont eu des politiques fortes de développement de ce type d’agriculture… Dans bon nombre de ces pays, les collectivités locales font un effort important pour soutenir l’agriculture biologique, on pense par exemple aux aides au maintien, qui existent dans toute l’UE… sauf en France ! Cela crée des distorsions de concurrence défavorables aux producteurs français." analyse Martial Saddier.

Des points de blocage historiques et culturels

Evoquée parmi les points de blocage historiques et culturels au développement d’une agriculture biologique française forte, une certaine marginalité "La bio a toujours été considérée comme une agriculture à part, en opposition avec le reste de l’agriculture, ce qui n’a favorisé ni son développement, ni sa prise en compte." Le cahier des charges français, qui va au-delà des exigences européennes, est également pointé par le rapport. "Contrairement à leurs collègues italiens, les arboriculteurs bio français n’ont pas le droit d’employer le nim, un insecticide extrait d’un bois tropical… ce qui entraîne des surcoûts de production, de l’ordre de 20 à 30%, simplement à cause d’une différence de réglementation." Moins aidés et avec des contraintes techniques supérieures, les agriculteurs bio français sont donc moins compétitifs sur le marché européen, ce qui est, en soi, un frein important au développement des surfaces. "Il est urgent d’harmoniser la réglementation sur le plan européen pour enrayer les phénomènes de distorsion de concurrence au sein de l’Union." préconise donc le député. "Cela doit correspondre également à une harmonisation des contrôles et des contraintes, ainsi que des aides." Côté formation et recherche, même constat "la bio est le parent pauvre de l’agriculture : on se demande encore dans les lycées agricoles s’il faut en parler. Je propose d’instaurer un module obligatoire sur l’agriculture biologique en France, en Europe et dans le Monde. Quand aux chercheurs, ils s’orientent tous vers les biotechnologies. Dès qu’il y a un arbitrage budgétaire dans la recherche publique, c’est souvent l’agriculture biologique la première victime. Du coup, les agriculteurs bio sont dans des situations d’impasses techniques, ce qui signifie davantage de risques."

Définir un message

Quand au prix final payé par le consommateur, c’est clairement un obstacle au développement de l’agriculture biologique. "Je n’accuse personne en particulier, ni les producteurs, ni les intermédiaires, ni la grande distribution, précise le député. Je souhaite simplement que soit mis en place un observatoire national des prix qui permette d’identifier les surcoûts. Cela permettra de les réduire et de rendre plus accessibles les produits bio. Mais aussi de s’assurer que les aides publiques ne seront pas récupérées par les intermédiaires." Paul Migeon, administrateur du syndicat des agrobiologiste du Jura, a soulevé une objection à cet argument : "Nous avons l’expérience de la PAC : ce n’est pas parce que le prix du blé diminue que le prix du pain diminue, au contraire il augmente ! Pourquoi en serait-il autrement pour les produits bio ?" Enfin, le rapporteur a insisté sur l’importance de la communication, qui se limite pour l’instant au seul logo AB. "Autant sur le plan de la santé, on n’a pas tous les éléments scientifiques pour prouver que les produits bio sont plus sains que les autres, autant sur le plan environnemental, la bio doit faire valoir ses atouts indéniables. D’autant plus que d’autres agricultures sont en train de s’emparer de ce créneau !"

Penser filière

Claude Monnier, président de la Chambre d’agriculture du Territoire de Belfort et en charge du dossier "bio" à l’APCA a salué le travail du député : "Les Chambres ont apprécié ce travail : même si elles ne se sont pas forcément préoccupées du développement de l’agriculture biologique, il y a aujourd’hui une volonté forte de récupérer le retard. Nous sommes convaincus qu’il existe une demande et un segment de marché qui s’ouvre pour ce mode de production : à nous de répondre à ce marché, de laisser s’exprimer le savoir-faire des agribio s’exprimer, en tenant compte de l’aspect économique, mais aussi de l’aspect éthique." Guy Reynard, d’Interbio, s’est inquiété de la dégradation des prix du lait biologique, qui met en difficulté les exploitations. Pour Martial Saddier "On ne peut plus inciter des producteurs à se convertir sans avoir une action globale sur l’ensemble de la filière : la prime pour faire du lait bio, c’est bien, mais il faut intégrer à la réflexion le ramassage du lait, le fonctionnement des laiteries, la commercialisation…" Tandis que Jacques Pellissard plaidait pour une stimulation de la demande à travers les collectivités locales, exemple illustré par Jacques Lançon, de Jura Nature Environnement "Du pain bio dans les restaurants scolaires, ça n’a pas été évident de trouver un agriculteur, un minotier et un boulanger qui acceptent…la commune prend en charge le surcoût, mais cela permet d’éveiller les enfants au goût, à la qualité du bio !" Quand à Jean-Paul Narjollet, Directeur régional de l’agriculture, il a déploré que 30% du lait biologique produit dans la région passe dans le circuit traditionnel. "Comment valorise-t-on 21 millions de litres de lait biologique ? Pour de tels volumes, on ne peut pas caler le système sur des niches, des circuits cours. À l’avenir, je préconise que la durée de l’engagement soit plus longue, en particulier pour les systèmes extensifs qui sont peu éloignés dans leurs pratiques de l’agriculture biologique. Avec quatre A.O.C. fromagères, le tissu de 200 fruitières constitue une richesse sociale pour les communes : laisser des fruitières avoir une politique de développement de la bio peut constituer une menace pour l’équilibre des autres structures. Il faut donc prendre des précautions. Il faut en priorité valoriser les exploitations bio existantes, en gardant la possibilité d’accompagner de nouvelles conversions sur des créneaux bien précis, pour lesquels il existe des débouchés. Mais avant tout, l’agriculture bio doit communiquer sur ses valeurs propres, faire sa propre promotion " La conclusion est revenue à Jean-Pierre Thuot, proviseur du Legta de Montmorot : "En vous écoutant j’ai pris la mesure du formidable défi à relever : adapter l’agriculture aux attentes de la société, avec des demandes sociales et environnementales de plus en plus fortes. Il faut que cela se traduise aussi dans les programmes scolaires !"

Alexandre Coronel


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