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Actualité du 16 janvier 2004

Grande culture

 

Gérer l’après-atrazine
Quelle va être l’évolution de la flore après l’abandon de l’atrazine ? Quelles stratégies sont possibles dorénavant pour désherber le maïs à des coûts supportables ? Autant de questions auxquelles Jean Molines, ingénieur Arvalis a pu répondre à l’occasion d’une matinée d’information organisée par la Chambre d’agriculture de Haute-Saône.

L’atrazine est désormais interdite. "J’invite les agriculteurs qui en auraient encore à la plus grande vigilance, par rapport au risque de suspension des compensations PAC pour eux en cas d’infraction, mais également par rapport à l’ensemble de la profession. Vu la pression sociétale et médiatique, il est probable qu’il y aura des exemples… Dans le département voisin de l’Ain, la PV épluche déjà les factures des organismes distributeurs et fait des visites chez les agriculteurs" a indiqué Jean Molines, Ingénieur à Arvalis, en préambule de son intervention, devant une trentaine d’agriculteurs, le 9 janvier dernier. Or "en Haute-Saône, le maïs représente 25.000 ha, dont 11.000 destinés à l’ensilage", indiquait François Dubief, chef du service production de la Chambre d’agriculture. Pour tous ces cultivateurs, il va donc falloir faire sans cette précieuse alliée, mais toutefois pas sans quelques références. "Depuis 1997, date à laquelle on a commencé à parler de l’interdiction de l’atrazine, nous conduisons des essais sur ce thème. Cela a permis d’observer l’évolution de la flore, et de comparer les stratégies alternatives. Ce sont des essais dans des parcelles où l’atrazine était employée, donc un contexte
proche de celui de vos exploitations". Un protocole commun a donc été mis au point entre les différents partenaires effectuant des essais pour étudier de manière comparable les stratégies de traitement des "flores mixtes".

Efficacité, sélectivité et moindre coût

"Nos critères étaient l’efficacité, la sélectivité et bien entendu le coût. Avec une récolte à 50 F le quintal on ne peut pas se permettre de mettre pour 2.000 F de produit à l’hectare ! Le contrôle du coût passe donc encore par plus de technicité : l’identification des espèces permet d’intervenir au bon stade et à la bonne dose, et de réussir le désherbage pour 350 à 400 F/ha" a précisé le spécialiste, avant d’aborder justement cette flore adventice qui caractérise l’après-atrazine. Côté dicotylédones, on retrouvera l’amarante, le chénopode, la morelle "pour celles-là il faut y aller dès le stade 2-4 feuilles, par exemple avec un Mikado 0,5 l". Pour la mercuriale, en revanche, "même avec les meilleurs produits, il faut intervenir au stade 4 feuilles bien développées !". L’ingénieur arvalis a également mis en garde face au risque de confusion entre la renouée liseron et le liseron des haies, dont les plantules se ressemblent, mais qui nécessitent des traitements très différents. Côté graminées, le panic pied de coq est fréquemment retrouvé. "Il faut garder à l’esprit qu’en phase de tallage, les graminées sont résistantes aux sulfonylurées : à un talle 0,5 l/ha suffira, tandis qu’à deux talles il faudra déjà travailler à 0,75 l/ha.". Bien entendu, ce panorama de la flore adventice évolue différemment selon la nature des sols et les rotations pratiquées.
Pour comparer les efficacités des stratégies, elles ont été notées sur une échelle de 1 à 9 : 9 représentant une efficacité de 100%, 1 de 0%. "La barre est à 7, soit 95% d’efficacité. Il ne faut pas oublier que le maïs, avec 10 pieds par mètre carré, est une plante très exigeante. Dans une situation où on aurait 200 adventices/ m2, une stratégie notée 6 (soit 90% d’efficacité) laisse encore 20 plantules / m2. C’est intolérable." On constate aussi que l’efficacité des stratégies est variable d’une année sur l’autre (la sécheresse de 2003 a ainsi empêché une partie des levées adventices), mais aussi selon le type de flore rencontré. Ainsi pour le Panic pied de coq, en 2003, c’est une stratégie post-levée en deux applications (tricétone + sulfo) qui a obtenu les meilleurs résultats, proche de 95% d’efficacité en moyenne. Pour l’efficacité globale, et sous l’angle de la sécurité (au regard de l’efficacité pour 80% des cas) c’est une stratégie “pré + post”, c’est-à-dire un antigraminée suivi d’un traitement de post levée qui recueille les meilleurs résultats, à au moins 90% d’efficacité dans 80% des cas.

Cinq stratégies au banc d’essai

Dans cette optique, cinq stratégies ont été étudiées "Nous nous sommes davantage focalisés sur les stratégies que sur tel ou tel produit" a affirmé Jean Molines. Premier cas de figure, le choix de n’intervenir qu’en prélevée, avec un antigraminées associé à un Lagon / Acajou, ou un
produit complet. A la dose de référence, l’efficacité de cette stratégie est en retrait par
rapport aux autres. Mais il est possible de rattraper ce différentiel en renforçant les doses. "Attention à la sélectivité, met en garde Jean Molines, la dose de Lagon ne doit être augmentée que si le sol le permet, et dans ce cas de figure il faut choisir un antigraminée puissant. Dans les sols à risques, type gravier, sable ou limon battant, il faut choisir l’antigraminée le plus sélectif possible (Trophée, Harness MT, Lasso MT…) et majorer la dose".
Autre choix, celui de réaliser une double application, soit en pré-levée puis post-levée, soit par deux passages en post-levée. Dans le premier cas, le raisonnement du choix de l’antigraminée au premier passage est primordial, chaque produit ayant son spectre d’efficacité, à mettre en rapport avec la flore présente sur la parcelle, ainsi que les conditions météorologiques. "Le produit miracle n’existe pas ! Si je recherche la sélectivité, je vais m’orienter sur un Dual Gold. En printemps sec, plutôt un Isard. Pour l’effet sur les dicots, Trophée, ou Harness MT…” Le deuxième passage se raisonne en fonction de la flore présente et de son stade. "une intervention à un stade précoce permettra une plus grande efficacité du produit, donc un faible litrage, et un coût faible". Trois combinaisons permettent d’atteindre des efficacités globales proches de 7 : Mikado 0,4 l + Callisto 0,4 l, ou Mikado 0,5 l + Equip 1 l, ou encore Callisto 0,5 l + Milagro 0,5 l. "Le choix de la post doit cibler les adventices nouvelles", explique Jean Molines, “Mikado dans le cas d’une flore classique, un bromophénol sur toutes les dicots avec une tricétone, la bentazone pour l’ambroisie, la matricaire…"

Tout en post ?

Dans le cas des stratégies "tout en post" on retrouve le couple tricétone sulfonylurée, avec différents spectres d’efficacité "Mikado + Equip ou Cubix, si on a des graminées, de l’ambroisie, de la mercuriale. Callisto + Milagro ou Pampa, si on a des graminées, de l’Atroplex, de la renouée des oiseaux, de la Mercuriale…" Mais attention, dans le cas où le liseron des haies est présent, l’ingénieur Arvalis déconseille fortement d’ajouter un Banvel 0,2 l "C’est interdit, et puis c’est prendre un risque important pour le maïs !". En conclusion, la réussite de l’après-atrazine passe par une bonne connaissance de la flore, classique et nouvelle. Le choix de la stratégie se fait en fonction de la flore. Ainsi la présence de graminées rend le traitement en pré-levée obligatoire. Si les dicotylédones sont très majoritaires, une stratégie de "tout en post" est envisageable. La disponibilité est aussi à prendre en compte : un itinéraire “pré + post” demande en effet plus de temps.

Alexandre Coronel


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