Recherche

Actualité du 16 janvier 2004

Santé animale

 

“Un bon éleveur est un bousologue averti”
Pour le vétérinaire Paul Polis, le boulot de l’éleveur est d’observer ses animaux pour détecter d’éventuels dérapages dans leur comportement, dans leur fonctionnement. De cette observation dépend le soin qui leur est apporté et donc leur santé.

Mercredi dernier, tandis que le jury dépouillait les résultats du concours de pointage, Paul Polis, docteur vétérinaire dans le Jura, à Arbois, était invité à parler de ces diverses observations concernant la santé animale. Mais attention, lui, ne murmure pas à l’oreille des animaux. Il les observe et ainsi trouve des signes extérieurs qui lui indiquent les éventuels dysfonctionnements.
Il n’est, de son plein gré, plus un "véto" comme les autres depuis 5 ans. Il était insatisfait de devoir administrer des ordonnances de médicaments ou autres produits commerciaux "tel un épicier". Pour lui la santé est devenue un commerce où il est de plus en plus difficile d’obtenir une information et un message objectif. C’est la raison pour laquelle il s’est tourné vers les médecines alternatives et notamment l’homéopathie.
Que l’on soit pour ou contre ce type de traitement, la démarche de Paul Polis bouscule. D’ailleurs les 90 jeunes, dont certains seront peut-être agriculteurs demain, ne sont pas restés insensibles à ces propos. Il faut dire que le bonhomme a le verbe facile, l’explication toujours imagée et illustrée d’exemples.
Pour lui, “être malade c’est excellent pour la santé”. En effet, c’est ainsi que le système immunitaire fonctionne et se fortifie. Une vache en bonne santé possède en elle des parasites. Trop de parasites la handicapent et montre que l’animal n’a pas été capable de se défendre contre l’envahisseur. Il faut en trouver la raison. Mais tuer tous ces parasites la rend de plus en plus fragile, de plus en plus malade : de plus en plus dépendante du médicament. Or, les maladies ont une histoire. Exemple : une mammite. C’est un moyen pour la vache de dire à l’éleveur que quelque chose ne fonctionne pas correctement : la machine à traire, l’ambiance dans le bâtiment ou bien encore l’alimentation. Si l’éleveur traite la mamelle avec les produits classiques, il a effectivement traité la mammite : l’inflammation de la mamelle mais il n’a pas traité l’origine du problème. Pour ce vétérinaire, il est donc important de respecter le fonctionnement complexe de la vache : un ruminant capable de se réguler, et qui quand les conditions ne lui sont plus favorables le fait savoir par divers signes.
Ainsi, Paul Polis a invité les jeunes à user de tous leurs sens pour observer les yeux, le poil, la couleur de la peau, la propreté du mufle, les sabots, les urines, la mamelle, l’échine, les bouses. "Un bon éleveur est un bousologue averti" lance-t-il. En effet, c’est là que l’éleveur peut mesurer la bonne digestion ou non des aliments et donc la bonne valorisation de ce qu’il a donné à sa vache. Un œil qui coule tout jaune signale un trop grand apport d’azote dans la ration. Une vache dont le poil derrière l’épaule se hérisse deux heures après avoir mangé est une vache en post acidose. L’observation de l’éleveur autrement dit le métier d’éleveur prend ici toute sa dimension.
Enfin, ne l’oublions pas, la vache est un ruminant qui quand elle va bien peut générer jusqu’à 200 litres de salive par jour. Pour cela, elle a besoin entre autres de cellulose autrement dit de fibre : du fourrage. "Et c’est toujours mieux de donner le croûton avant la confiture ! Alors, donnez à vos vaches le foin d’abord puis les céréales ensuite : vous verrez en l’espace de deux jours des différences notamment immédiatement au niveau des bouses" a expliqué Paul Polis schématisant au tableau le fonctionnement du rumen de la vache. Et d’ajouter, “dernièrement dans des élevages intensifs au Nord de la France, rien qu’en donnant le foin d’abord, un cheptel de 100 vaches a donné 200 litres de lait en plus”. Pour lui, “l’ensilage n’est pas un aliment adapté aux bovins : trop acide, il modifie le Ph du rumen, engendre des dysfonctionnements de la digestion, fragilise la vache”.
Mais outre, les problèmes de santé liés à l’alimentation, Paul Polis a sensibilisé les jeunes au fonctionnement sociétal du troupeau. Il a rappelé que dans un troupeau il y avait toujours un chef, généralement une vieille vache maîtresse qui maintenait et organisait la hiérarchie du groupe. D’ailleurs dans cet ensemble il y a aussi un souffre douleur souvent une primipare. Or, si cette organisation est admise par tous les éleveurs, ceux ci ont tout de même une fâcheuse tendance à éliminer de plus en plus tôt les vaches maîtresses. Il n’est pas rare de voir des taux de renouvellement de l’ordre de 30%. Un chiffre trop élevé qui ne permet pas au troupeau de se hiérarchiser et de trouver son équilibre. "L’éleveur aurait tout intérêt à conserver cette vieille vache, pas si vieille d’ailleurs, qui permettrait de maintenir l’ordre au sein du troupeau et donc générerait moins de stress aux autres. Dans ce schéma, les vaches trouveraient un certain "épanouissement" et seraient à même de produire plus puisque non stressées….”
Conscient que ce discours "n’est pas à la mode" Paul Polis a pourtant encouragé les jeunes à prendre le temps d’observer. "Les maladies sont une perte économique pour l’éleveur. On peut les limiter, avec entre autres, des bâtiments et une alimentation adaptés, alimentation dont ka justesse ne se vérifie pas toujours par un simple calcul arithmétique”.

CD


Hebdomadaire d'informations générales agricoles de Franche-Comté 17, Quai Yves Barbier - BP 251 - 70005 Vesoul Cedex
Tél. 03 84 77 14 19 - Fax. 03 84 76 76 36 - Email : hsa@fdsea70.fr