Christiane Lambert, présidente de Farre a estimé à l’occasion des 7èmes rencontres Farre le 7 janvier que l’agriculture raisonnée ne devait pas servir de norme pour les aides Pac attribuées au titre de l’éco-conditionnalité. Selon elle, “l’agriculture raisonnée va au-delà de la réglementation européenne”. En d’autres termes, ce n’est pas la crainte d’une amputation des aides Pac qui doit amener les agriculteurs à qualifier leur exploitation.
La question de l’incitation des agriculteurs à s’engager dans cette démarche a été au cœur des discussions de la journée.
30% des exploitations qualifiées en 2008
Farre s’est donné pour objectif de voir 30% des exploitations qualifiées en 2008. L’une des meilleures solutions serait de valoriser la démarche au niveau des consommateurs.
Frank Riboud, PDG de Danone, y croit peu. D’après lui, “le consommateur n’est pas prêt à payer plus pour l’agriculture raisonnée” et son entreprise “ne peut se mettre en danger de compétitivité”. Christiane Lambert se veut plus optimiste, rappelant que “lorsqu’une grande enseigne s’est mise à communiquer sur l’agriculture raisonnée, elle a vendu ses salades 30% plus cher. Pourquoi cela ne se reproduirait-il pas ?”.
Un autre moyen d’inciter les agriculteurs serait de diminuer la contribution des exploitants qualifiés au budget des agences de l’eau. Un rapport de Jean-Claude Flory, député UMP de l’Ardèche, auteur d’une mission sur les redevances des Agences de l’Eau
prévoit un abattement de 10% pour les agriculteurs engagés dans la qualification en agriculture raisonnée. “C’est un abattement de 80% que vous devrez envisager”, a lancé Mme Lambert à Roselyne Bachelot, ministre de l’Ecologie et de Développement Durable. Celle-ci lui a alors répondu, sur le ton de l’humour, qu’elle prenait ce chiffre comme “une base de négociation”.
C’est que l’agriculture raisonnée à un coût, à commencer par celui de l’audit d’exploitation, évalué à 800 € par exploitation.
Le Crédit Agricole pourrait mettre la main à la poche
Michel Clavé, responsable du secteur agricole au Crédit agricole, a évoqué la possibilité que la banque verte contribue aux frais d’audit à hauteur de 20%. “Nous allons tenter d’impliquer un maximum de caisses régionales”, a-t-il promis. A cela s’ajoutent les charges de mise en conformité, qui varie en fonction des exploitations. Il peut s’agir de la construction d’un local phyto, d’une aire couverte pour les engrais ou de l’installation d’une cuve à fuel à double paroi. Christiane Lambert souhaite qu’une partie de ces frais soit pris en charge par les futurs Contrats d’agriculture durable (CAD).
Reste qu’à ce jour, dix ans après la création de Farre, aucune exploitation n’est encore qualifiée. Il faut pour cela que les organismes certificateurs soient accrédités, ce qui devrait être fait d’ici la mi-février pour les trois premiers : Ulase, Aclave et Ocacia. D’ici là, les membres de Farre comptent sur la parution d’un décret sur l’étiquetage, attendus “dans les tout prochains jours”. L’agriculture raisonnée pourra bientôt être visible dans les rayons… si les agriculteurs s’y mettent.