C’est un constat sans concession que font Jean-Louis Porry et ses collègues(1) sur les
forces et faiblesses de la filière porcine française confrontée aujourd’hui à une crise sans
précédent. Le diagnostic qu’ils établissent devrait servir de base à un plan d’action qui sera rendu public fin janvier, à l’issue d’une table ronde présidée par le ministre de l’Agriculture.
Première observation, l’enchevêtrement et la complexité des textes réglementaires que les éleveurs doivent respecter en matière sanitaire et environnementale. Qu’il s’agisse des dispositions relatives aux établissements classés, de l’application de la directive "Nitrates" ou du PMPOA, les éleveurs sont soumis à un empilement de réglementations lourdes, souvent incohérentes, en tout cas très onéreuses. Bref pour les rapporteurs, un toilettage s’impose pour simplifier et harmoniser ces différents dispositifs. Et plutôt que d’imposer des règles qui n’apparaissent que comme des contraintes indésirables, les auteurs proposent que les éleveurs s’approprient leur projet d’investissement. Ainsi préconisent-ils la mise en place d’un système de qualification des élevages qui permettrait de responsabiliser davantage les éleveurs au regard de leurs engagements et pratiques en matière de respect de l’environnement.
Autre point fort du rapport, les distorsions de concurrence qui sont apparues aussi bien vis-à-vis des pays tiers qu’à l’intérieur de l’Union européenne. Sur le premier volet, le rapporteur met en garde contre les conséquences néfastes de nouvelles concessions qui pourraient être consenties lors du nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales, notamment en matière d’accès au marché. Le rapport vise "les nouveaux producteurs qui ne sont pas soumis aux contraintes que l’Union européenne imposent à la filière porcine". Sur le plan communautaire, il pointe "les réglementations nationales plus exigeantes que la réglementation européenne". Comme l’instauration d’une taxe pour financer le service public d’équarrissage.
Une cotation des pièces
Partant du constat que la filière ne fait pas le poids vis-à-vis de la grande distribution, les rapporteurs préconisent un regroupement des forces. Et cela passe, bien entendu, par une restructuration des groupements de producteurs et des outils d’abattage. Et les rapporteurs de souligner par exemple qu’une seule organisation au Danemark maîtrise 90% de la production, alors qu’il faut 90 groupements de producteurs pour contrôler 90% de la production en France. Autre suggestion, la création d’une cotation représentative des pièces de découpe pour "améliorer la transparence et la lisibilité des signaux du marché". L’idée bien entendu est de compléter la cotation du marché au cadran qui se réfère à une qualité de carcasse alors que ce sont les pièces qui jouent un rôle directeur dans la valorisation du porc.
Bref, d’une façon générale, le rapport déplore la banalisation de la viande de porc dans les rayons des grandes surfaces. La solution, bien entendu est de sortir la viande de l’anonymat en développant de nouveaux produits, en promouvant les signes de qualité et en mettant l’accent sur l’étiquetage à l’image de ce qui se fait en viande bovine.
(1) Quatre auteurs pour ce rapport : Jacques Guibé, André Manfrédi, Jean-Louis Porry, et Jean-Marie Travers.