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Actualité du 09 janvier 2004

Lait

L’onde de choc du scandale Parmalat
Cela paraissait une affaire purement financière, un scandale à l’image des cas Enron ou Vivendi mais limité à l’Italie et sans grande conséquence industrielle. Il n’en est rien. Les conséquences touchent notre grande région.

Elles seraient au moins une dizaine d’entreprises françaises touchées par l’onde de choc du dépôt de bilan de Parmalat, le numéro un mondial du lait longue conservation (36.000 salariés, 139 usines dans 31 pays). Le groupe italien, bien qu’ayant abandonné toute présence en France depuis 2001 (il a vendu une unité industrielle, située dans le Calvados, à Lactalis), y achetait, jusqu’à ces dernières semaines, plus de 150 millions de litres de lait par an, soit environ de 0,6% de la collecte de lait française (elle s’élève à 25 milliards de litres de lait), selon des chiffres fournis par les professionnels de la filière laitière. Ces achats avaient lieu soit sur le marché dit «spot», un marché d’excédent laitier faisant l’objet de négociations quotidiennes, abondé par des entreprises de transformation qui se défaisaient ainsi du lait dont elles n’avaient pas l’usage ; soit directement auprès d’entreprises de collecte sous contrat avec le géant italien. Parmi ces deux catégories d’entreprises figuraient le Groupe laitier des Pyrénnées (Ariège), l’Union lorraine des producteurs de lait (Meurthe et Moselle), l’Union laitière du Quercy (Lot), Triballat (Fromagerie de Neufchâteau, Vosges), Bongrain et une coopérative laitière du centre de la France.

Des producteurs non payés


Le Groupement laitier des Pyrénées (GLP), qui vendait 75% de sa collecte (elle atteint 30 millions de litres de lait) sous contrat à Parmalat (via sa filiale espagnole Clesa), s’est retrouvé brutalement en cessation de paiement lorsque les encours de novembre atteignant plus d’un million d’euros, n’ont pu être réglés mi-décembre comme prévu. Les producteurs, du coup, n’ont plus été payés. Les dirigeants ont cherché dans l’urgence des solutions de rechange et affirment aujourd’hui avoir trouvé de nouveaux débouchés, sans vouloir donner de noms d’entreprise. Les producteurs, de leur côté, ont décidé le 30 décembre, de faire confiance à Onétik, société française spécialisée dans le fromage basque qui a racheté GLP il y a trois mois et devait créer dans l’Ariège une chaîne intégrée de traitement et mise en bouteille de lait. Onétik s’engageait à verser «une paie de lait aux producteurs le 20 janvier» et à apporter des garanties quant au remboursement de la paie du 20 décembre, selon Jean-Baptiste Camblong, président d’onétik.
Le tribunal de commerce de Foix examinera le 5 janvier ces éléments nouveaux et statuera sur le sort de l’entreprise. L’avenir du groupement, qui rassemble 120 exploitants (de l’Ariège, de la Haute-Garonne, des Hautes Pyrénnées et de l’Aude), n’est pas encore assuré.

Crainte d’un «effet de dominos»


«Le Midi-Pyrénnées est très touché, Rhône-Alpes et l’Auvergne sans doute aussi, mais de grands bassins laitiers éloignés de l’Italie comme la Bretagne, les Pays de la Loire ou de la Basse Normandie ne le sont guère», selon Jehan Moreau, directeur de la Fédération nationale des industries laitières (Fnil) qui recense les entreprises concernées par la crise.
Les régions Nord-Pas de Calais et Champagne-Ardennes sont peu ou pas touchées. En Rhône-Alpes, l’Ain n’envoie pas de lait en Italie et la Haute-Savoie transforme elle-même son lait en fromage AOC.
Au-delà de ces cas, la faillite de Parmalat pourrait entraîner des turbulences à plus grandes échelles. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, a estimé le
29 décembre sur une radio nationale, qu’un risque de déséquilibre du marché laitier européen n’était pas exclu, car la conjoncture laitière n’est déjà pas très bonne en raison d’une insuffisance de débouchés vers les pays tiers et d’une baisse des prix. Le marché du lait est en équilibre précaire, ajoute Jehan Moreau, directeur de la Fnil «du fait d’une consommation peu florissante et de la sécheresse de l’été dernier». Les prix payés aux producteurs ont d’ailleurs baissé cette année en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, et en France. Aussi, les fédérations nationales (Fédération nationale des producteurs de lait, Fédération nationale des industries laitières) ont fait savoir qu’elles seront attentives aux déséquilibres que pourrait engendrer «par effet de dominos» le scandale Parmalat sur les marchés européens du lait, par exemple si les invendus augmentent ou si les Allemands transforment les leurs en beurre ou en poudre.

Garanties attendues des gouvernements français et italiens


La nouvelle a pris de court les entreprises qui témoignent d’une grande surprise devant les informations sans cesse plus inquiétantes venant d’Italie. «Nous assurons les contrats passés avec de petites entreprises ou des entreprises peu solides mais pas pour les grands groupes», explique Martin Verdenal, directeur Général de l’ULPL. L’entreprise n’avait pris aucune garantie pour le contrat passé avec Parmalat.
Le Groupement laitier des Pyrénées demande en urgence une aide financière du gouvernement français, le temps de recouvrir les impayés de Parmalat, pour aider les producteurs déjà malmenés par la baisse du prix du lait et de la sécheresse. L’ULPL attend du gouvernement italien, qui s’est engagé à préserver agriculteurs et fournisseurs de la péninsule, qu’il s’engage également envers les fournisseurs français. La FNPL et la FNIL ont demandé au gouvernement que les entreprises françaises touchées soient traitées «au moins aussi bien que ce que les italiens vont prévoir pour leurs producteurs». Hervé Gaymard a relayé par un courrier du 30 décembre cette demande auprès de son homologue italien.
En effet, le tribunal de Parme a prononcé le 27 décembre la faillite du groupe Parmalat, ouvrant officiellement la voir à la mise sous tutelle de la société, mesure destinées à préserver les intérêts des agriculteurs et des fournisseurs de lait de Parmalat, en leur accordant la priorité des règlements. La décision du tribunal fixe en outre à 120 jours le délai de présentation des créances envers la société après quoi la cour établira l’ordre des priorités dans le recouvrement des créances.
Rappelons que Parmalat, installé à Collecchio, près de Parme (nord), emploie 36.000 personnes dans 30 pays dont près de 4.000 en Italie. Le groupe, qui a déclaré un chiffre d’affaires de 7,5 milliards d’euros l’an dernier, est aujourd’hui insolvable après la découverte d’un trou financier de plus de 10 milliards d’euros.

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