Jean-Daniel Chevalier, responsable du pôle agricole de la MFR de Fougerolles, explique les origines du projet : « deux fois par an nous organisons dans les MFR une journée à thème pour faire aborder aux jeunes un thème d'actualité. Cette fois-ci, nous avions décidé d'aborder l'économie et la production d'énergie. C'est un thème très important car près de la moitié des élèves présents s'installeront plus tard. De plus, la réforme du Bac Professionnel a renforcé les cours en diagnostic de durabilité dans lesquels sont intégré les notions d'énergie ».
Durant la matinée, les élèves se sont scindés en sous-groupes pour aller visiter trois exploitations ayant mis en œuvre des projets d'économie d'énergie, ou en phase de réflexion. Parmi elles, le Gaec Courtoy à Ehuns qui a construit une unité de méthanisation et le Gaec du Plateau à Esmoulières qui a mis en place un chantier collectif de fenaison via la CUMA.
A l'Earl du Ruisseau des Ecrevisses à Bouligney, Bruno Antoine a décidé de se lancer dans la construction d'une chaudière à plaquettes de bois. Cette décision est le fruit d'une réflexion au sujet de son bilan énergétique et sur les leviers pour l'améliorer. L'éleveur est installé à Bouligney en polyculture élevage. Son exploitation s'étend sur 114 hectares de SAU et il élève 64 vaches laitières pour un quota d'environ 500.000 litres. Plus de 100.000 litres sont transformés à la ferme en fromages destinés à la vente directe.
Chauffer une fromagerie et une salle de traite au bois
Souhaitant bénéficier des aides PPE, qui peuvent financer jusqu'à 50 % du coût total du projet, Bruno Antoine réalise un diagnostic énergétique en mars 2011. Et le résultat a été une bonne surprise pour l'exploitant avec une note de 10 (équivalent litre de fioul pour produire 100 litres de lait), alors que la moyenne départementale se situe aux alentours de 16. Cette note est calculée à partir de l'ensemble de la consommation d'énergie sur l'exploitation, qu'elle soit directe (fioul, gaz, huile...) ou indirecte (achat d'aliments, de semences, d'engrais, etc.). Ce bon résultat s'explique par la gestion propre de l'exploitation. Parmi les raisons avancées, le regroupement parcellaire (les plus éloignées ne dépassent pas les 2 km) permet de limiter la consommation de carburant et facilite surtout le transfert des fertilisants organiques de l'élevage aux parcelles de culture. Autre point positif du système, l'autonomie fourragère et l'absence de mélangeuse, qui de même est de nature à limiter la consommation de carburant.
Mais pour Claude Lyautey, conseiller à la Chambre sur l'environnement, il ne faut pas se faire d'illusions : le système idéal n'existe pas. Même s'il existe des exploitations, comme l'Earl du Ruisseau des Ecrevisses, économes en énergie et présentant des résultats économiques satisfaisants. On a aussi des exploitations énergivores qui tiennent la route sur le plan économique. Qu'en sera-t-il à l'avenir avec l'augmentation du coût des énergies ?
Bruno Antoine n'a pas attendu pour y répondre. L'éleveur a décidé d'installer une chaudière à plaquette qui chauffera la fromagerie, ainsi que la laiterie et la salle de traite pour remplacer les deux chaudières électriques et la chaudière au fioul actuellement en usage. 15 tonnes de plaquettes de bois issues de l'exploitation se substitueront aux 6.000 litres de fioul consommés annuellement en chauffage, sans oublier une substantielle économie d'énergie électrique !
Ce projet a bien entendu un coût : aux alentours de 40.000€. Mais grâce au PPE, il pourra être subventionné à hauteur de 50 % du coût total de l'installation. Un jeu qui en vaut la chandelle alors que les prix des énergies ne cessent de croître.
MJ